ANNECY : BIENVENUE AUX JEUNES !

annecy-2016A l’occasion de la prochaine édition d’Annecy qui démarre le 13 juin prochain pour le Festival international du film d’animation et 2 jours après pour le MIFA (Marché International du Film d’Animation), e-RECA a rencontré Patrick Eveno, directeur du CITIA, la structure organisatrice, et Mickael Marin, son délégué général, notamment en charge du développement du marché, qui ont accepté de répondre à quelques questions sur l’événement, la place de nos écoles dans le monde et les projets d’Annecy pour les années à venir.

 

1) Les films de fin d’études recouvrent une sélection à part entière. Qu’est-ce qui différencie ces films des autres catégories ?

evenoPE : Si l’on considère la qualité intrinsèque des œuvres, il est vrai que certains films de fin d’études ne dépareraient pas les autres catégories. On note même parfois une spontanéité et une liberté qu’on ne retrouve pas dans les autres films. Ce qui nécessite qu’ils soient dans une catégorie particulière, c’est que ce sont des oeuvres qui ne sont pas produites dans les mêmes conditions que les films dits professionnels. Cela ne signifie pas qu’elles soient moins bien ou mieux produites : tout dépend des circonstances. Ces films sont menés dans le cadre d’un cursus d’apprentissage et par là-même, je pense qu’ils méritent d’être présentés comme tels et non pas mêlés à d’autres films.

 

 

2) Les français sont très présents dans la sélection  et la France est pour la 1ère fois le pays « à l’honneur » de cette nouvelle édition d’Annecy. Qu’est-ce qui selon vous explique la réussite de nos talents de par le monde ?

 

PE : Statistiquement parlant, il est assez naturel que la France ait une forte représentation. Et ceci est sans doute augmenté du fait que le festival a lieu en France. Un festival en Argentine proposerait probablement plus de films sud américains ! Il y a donc un effet territorial. La France bénéficie par ailleurs, et tout le monde l’admet, d’un écosystème très vertueux avec originellement un rapport à l’art qui est assez fort. Nos écoles sont depuis les années 80 – et même avant, avec Gobelins – à un niveau véritablement exceptionnel. La présence d’un certain nombre d’acteurs à Annecy est liée aux contacts qu’ils veulent établir avec ces écoles et les étudiants. C’est une réalité partagée par tout le monde.

Par ailleurs, nous bénéficions d’un corpus réglementaire et législatif, fait à la fois d’obligations faites aux diffuseurs notamment et d’un système d’aides très performant, qui fait que l’industrie peut se développer dans un climat propice ! Ces différents éléments compilés, avec des politiques qui s’inscrivent dans la durée, ont produit des effets immédiats. Ce qui fait aussi que ces entreprises ont été très vite à l’international et sont rompues à ce marché là.

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Ce n’est donc pas une raison mais un ensemble de raisons dans lequel la place des écoles, la qualité des formations, sont assez prépondérantes et je voudrais souligner que ce n’est pas seulement  l’aspect technique des formations qui est remarquable mais je trouve aussi qu’il y a maintenant une maturité chez les jeunes professionnels qui sortent de ces écoles dans leur rapport au public, dans leur manière de présenter leurs oeuvres que l’on ne connaissait pas il y a quelques années.

 

3) Vous travaillez en liaison étroite avec nos écoles. Quels sont les enjeux de ce genre de partenariat ?

PE : Nous sommes très fiers et très heureux du partenariat que nous avons depuis plusieurs années avec l’école des Gobelins, qui nous permet effectivement d‘avoir des films devant chaque séance à raison d’un par jour. Ce partenariat est du gagnant / gagnant. Ces films sont d’une très belle facture et toujours très attendus à Annecy. Je suis sûr que si l’on ne passait pas ces films, il y aurait une véritable bronca dans la salle ! … Cela constitue en même temps pour les élèves et l’école une vitrine assez exceptionnelle.

Il y a aussi les espoirs de l’animation qui dure depuis longtemps maintenant. J’étais voisin de la Poudrière quand l’histoire a commencé entre la Poudrière et Canal J à l’époque, avant de s’étendre d’autres établissements. C’est une très belle initiative qui permet de mettre en lumière les travaux d’écoles. Cela permet de créer un événement.

Il faut souligner aussi que le nombre d’étudiants à Annecy est phénoménal. On compte environ 2000 étudiants en animation sur les 8200 personnes présentes à Annecy. Cela donne une couleur très particulière au festival. L’ambiance dans les salles est intimement liée à tous ces jeunes gens qui ont envie de faire la fête et qui sont heureux d’être là.

 

marinMM : C’est aussi notre politique sur le marché du film. Il y a une dizaine d’années, certains professionnels  s’interrogeaient sur la présence des étudiants au MIFA. Ils trouvaient que ce n’était pas vraiment leur place. Que leur présence ralentissait les échanges. Certains n’admettaient pas les avantages proposés aux étudiants. Mais nous, nous avons toujours tenu bon, pensant que c’est avec ces talents-là que les professionnels feront leur production demain. Nous partons du principe que c’est un effort que nous faisons pour eux, pour les amener plus rapidement dans un environnement professionnel plus large. Ca leur permet d’avoir vraiment une expérience plus complète de ce qui se passe ici mais aussi de ce qui les attend, dans un futur proche, quand ils seront sur le marché de l’emploi.

Pour finir, ces critiques et ces reproches qu’on avait : on ne les a plus !

 

 

4) Quel regard portez vous sur l’enseignement de l’animation en France ?

PE : On a une qualité exceptionnelle de formation et la France a élargi ses approches.  On a besoin de professionnels qui vont pouvoir s’intégrer directement dans l’industrie à des postes définis traditionnellement par les besoins des productions. L’émergence de la Poudrière et d’autres établissements qui se sont tournés vers la réalisation et le développement d’univers personnel compose un ensemble de formations très riche et très complet.

 

5) La mise en lumière de talents émergents fait partie de votre « ADN ». Comment est ressenti ce positionnement par les professionnels « confirmés » ?

PE : Même si certains professionnels ont pu parfois s’opposer violemment à ce positionnement, un événement comme le notre doit pouvoir offrir cette place là aux jeunes professionnels. Pour moi, les jeunes étudiants des écoles d’animation sont quasiment déjà des professionnels !

 

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6) Vous organisez notamment des séances de recrutement. Pouvez nous expliquer leur déroulement ? Qui peut y participer ? Quelles retombées ?

MM : Les séances de recrutement ont été créées il y a dé jà plusieurs années. Elles se sont structurées sur les dernières éditions. Elles fonctionnent très bien puisque l’an dernier, par exemple, plus de 270 talents ont rencontré une quarantaine de recruteurs. Le fonctionnement est le suivant : le MIFA permet aux entreprises qui recrutent d’avoir un profil personnalisé sur le network et de poster de manière très précise leurs besoins en terme de talents. Il s’agit des acteurs français les plus connus, que ce soit au niveau de la production long métrage ou télé, mais aussi, plus largement, des principaux acteurs de l’industrie mondiale du cinéma d’animation c’est-à-dire les studios américains, les studios d’effets visuels anglais… Ils viennent tous recruter à Annecy, et de plus en plus. Ensuite les talents postulent. Les rendez-vous sont organisés à l’avance. Pendant l’événement, chaque société a une table privative pour une ou plusieurs sessions et rencontrent les talents. Il y a aussi des studios qui  font des sessions de recrutement « de masse ». Tout dépend de la politique du studio. Cette année par exemple Pixar revient pour recruter massivement ce qui n’avait pas été le cas pendant plusieurs années. Ils disposent d’un salon pour recevoir beaucoup plus de candidats en même temps. Mais tout dépend de la façon de travailler du recruteur.

 

annecy04PE : Conformément à une demande du CNC, nous mettons en place des indicateurs pour voir ce que produisent ces sessions de recrutement.  Il est facile de savoir combien il y a eu d’entretiens, mais ce qui est intéressant c’est de savoir à quoi ils ont abouti. Est-ce qu’il y a eu un 2ème entretien ? Est-ce qu’il y a eu une embauche ? On n’a pas encore tous les chiffres mais on arrive à avoir des indicateurs assez précis.

 

 

7) Quels sont les projets d’Annecy pour les prochaines éditons ?

 

PE : Nous devons déjà conforter ce qui existe. C’est le premier objectif. Quand on vit, avec bonheur, une croissance de 17% comme celle que nous avons vécue l’an dernier, il faut ensuite stabiliser le navire ! Il faut que l’organisation suive cette croissance. Il faut garder les mêmes ambitions et le même niveau d’excellence sur tous les aspects. Je pense qu’il faut en permanence se poser la question de la validité de ce qu’on met en place. Ne pas refaire pour refaire.

 

Après, nous avons de nombreux autres projets. Nous envisageons par exemple de proposer des programmes en réalité virtuelle.  La réalité du marché nous amène là… et ce n’est pas anodin : nous allons passer d’une consommation collective à une consommation individuelle. Cela pose un certain nombre de questions et de défis qu’il nous faudra relever.

 

Contacts : Patrick Eveno & Mickael Marin – CITIA – Annecy – Tel : 04 50 10 09 00 – E-mail :
info@citia.org – Site web : www.annecy.org/