LA CPNEF DE L’AUDIOVISUEL : POUR UNE MEILLEURE ADAPTATION DES BESOINS DE FORMATION

seglonene-dupontLes CPNEF (Commissions Paritaires Nationales Emploi et Formation) participent à l’élaboration et au suivi de la mise en œuvre de la politique de l’emploi et de la formation des branches professionnelles qu’elles représentent. Dans le secteur audiovisuel, c’est sous forme d’association que les partenaires sociaux ont créé la CPNEF de l’audiovisuel, en 2004. Ségolène Dupont, qui en est la Déléguée générale depuis 2014, a accepté de répondre aux questions d’e-RECA.

 

Quelles sont les missions d’une CPNEF en général ? Et de la CPNEF de l’audiovisuel en particulier ? 

 

Les CPNEF ont pour mission de définir les politiques de formation pour leur branche et de piloter l’Observatoire des métiers, outil qui permet de dresser un état des lieux de l’emploi et des qualifications, de réaliser des études sur l’évolution des compétences et des focus sur les métiers. Toutes ces ressources statistiques et prospectives nourrissent la réflexion des partenaires sociaux de la branche. Elles sont également accessibles aux salariés et aux chefs d’entreprise.

La CPNEF de l’audiovisuel quant à elle a choisi de décliner ses missions en 4 verbes : anticiper, débattre, proposer et communiquer.

Anticiper : nous travaillons sur une meilleure connaissance des métiers afin de prévoir leur évolution. Pour établir des priorités de formation, nous travaillons sur la base d’études et d’enquêtes quantitatives et qualitatives.

Débattre : entre organisations de salariés et d’employeurs.cpnef-01

Proposer : notamment la création de certifications ad hoc comme les CQP (Certificats de Qualification Professionnelle) pour la formation continue. La formation continue s’adresse aussi aux jeunes entrants, post diplômés, qui par ce biais peuvent compléter leur profil et se professionnaliser.  Depuis la réforme de la formation continue en 2014, nous avons reçu une nouvelle mission qui est d’établir la liste des certifications éligibles au CPF (Compte Personnel Formation) pour les salariés de l’audiovisuel.

Communiquer : en publiant toutes nos études. Nous disposons pour cela de différents supports : un site internet ressource et une lettre d’information. Nous intervenons également dans des colloques, des conférences et des événements professionnels. Pour l’étude « Les inégalités hommes femmes dans l’audiovisuel au travers des dynamiques de parcours », parue l’an dernier, nous avons organisé une conférence de presse qui a permis d’avoir des retours dans la presse nationale et gagner ainsi une plus large audience.

La CPNEF est donc un espace de réflexion pour lier au mieux emploi et formation, pour tous les secteurs de la production de contenus audiovisuels, la fabrication d’informations et leur diffusion sur tous les supports et plateformes web. Nous travaillons autant sur la formation continue que la formation initiale mais de fait, nous disposons de plus de leviers en ce qui concerne la formation continue. En formation initiale, il s’agira plutôt de préconisations.

 

Le domaine audiovisuel présente-t-il des spécificités qui demandent des actions différentes de celles des autres secteurs ? 

 

L’audiovisuel représente aujourd’hui 8800 entreprises et 190 000 professionnels. Certains constats sont communs à ceux du spectacle vivant notamment une activité discontinue pour les salariés….  Aujourd’hui 70% d’entre eux sont intermittents du spectacle.

Dans l’audiovisuel, le tissu d’entreprises se compose à 90% de TPE / PME, qui de fait n’ont pas toujours de fonction RH intégrée. Il y a également de grands groupes audiovisuels, comme par exemple France Télévisions et ses 10 000 salariés. Il faut savoir répondre à la diversité et à l’hétérogénéité de ces entreprises.

Ces spécificités engendrent une appréhension différente des besoins. Quand la référence n’est pas le CDI comme dans la plupart des secteurs économiques, on ne peut pas avoir des préconisations « standards ». Les projections par classe d’âge par exemple sont quasiment impossibles à réaliser. Cette typologie d’emploi très particulière demande plus d’agilité pour anticiper les mutations de l’emploi, pour anticiper les métiers en tension.

Il s’agit aussi d’un champ caractérisé par le croisement de compétences techniques et compétences créatives.cpnef-02

Enfin, c’est un domaine où les entreprises sont très centralisées : 75% des entreprises ont leur siège social en Ile-de-France. Cela concentre les offres de formation en région parisienne… Proposer une offre de formation aux professionnels en région est un vrai enjeu.

 

Au sein du champ audiovisuel, quelle place accordez vous à l’animation ?

 

La CPNEF de l’audiovisuel accorde un regard particulier à l’animation, d’autant plus que certains de ses membres actifs sont directement liés à ce secteur. Ceci s’explique par la jeunesse du secteur qui de fait est très en demande. En animation, l’appareil de formation continue est en train de se structurer. Contrairement à la formation initiale qui a bénéficié de la création du RECA.

Nous sommes également très attentifs à l’hybridation des secteurs. Au croisement qui peut être fait avec le jeu vidéo. Aux évolutions technologiques. Le numérique a modifié tout le champ audiovisuel. Nous avions déjà suivi ces évolutions dans la prise de vue réelle. Elles sont encore plus importantes et plus rapides dans le domaine de l’animation. Nous devons essayer de prendre en compte ces changements d’outils et de fabrication très en amont.

Dans l’audiovisuel, il y a actuellement très peu de métiers en tension, une partie des salariés est même en sous-emploi. C’est une spécificité du cinéma d’animation que d’être en pleine expansion. Le secteur s’industrialise de plus en plus. Il nous faut des données « métier » objectives avant de proposer des préconisations pertinentes. C’est pourquoi nous menons actuellement, avec le RECA, une étude sur les métiers de l’animation qui nous servira à identifier les compétences et ainsi à construire des propositions de formation, des évolutions de parcours. Toujours en concertation avec l’ensemble des partenaires sociaux.

La connaissance que nous avons des autres filières permet aussi de nourrir cette réflexion dans le secteur de l’animation.

 

Vous l’avez souligné, le secteur de l’animation connaît actuellement une période d’euphorie économique. Cela influe-t-il sur vos actions ? 

Une des questions qui émerge aujourd’hui est de savoir s’il y a nécessité ou non de créer des certifications adaptées de type CQP pour l’animation. Nous constatons par exemple une tension sur le métier d’animateur ou sur les postes d’encadrement.

Les besoins immédiats affichés par les studios aujourd’hui ne trouveront pas de solution complète dans la seule offre de formation initiale. C’est donc sans aucun doute la formation continue qui constituera un levier pour y répondre. Il existe des dispositifs de financement au sein de l’Afdas qui peuvent être mobilisés, il y a nécessité à articuler besoins et offres de formation. Concernant la question de l’encadrement, il y a certainement des professionnels expérimentés, qui pourraient occuper des postes de lead ou de superviseurs après une formation adéquate. L’encadrement requiert des compétences très spécifiques. C’est un sujet sur lequel il nous faut réfléchir. Nous devons définir les types d’enseignement nécessaires à ces futurs managers en animation.

 

Quels sont vos projets à court ou moyen et long terme ?

 

cpnef-03La CPNEF s’est engagée dans un travail de cartographie des métiers de l’audiovisuel pour essayer d’aller au-delà des clivages animation / image réelle, ou cinéma / télévision / radio. Il y a des socles de compétences selon les métiers qui peuvent être communs et qui permettent des passerelles entre les métiers. Nous sommes en train de déterminer 10 familles de métiers dont aucune ne couvrira un seul secteur d’activités. Par exemple, la fiche métier « chargé de production » permettra d’identifier les points communs mais aussi les différences entre un chargé de production pour l’animation ou un chargé de production en prise de vues réelles, ou chez un télédiffuseur et conséquemment les formations nécessaires pour passer d’un secteur à l’autre. La publication est prévue au cours de ce 1er semestre  2017.

Nous poursuivons par ailleurs la promotion de l’alternance dans nos métiers. Cette modalité d’apprentissage est particulièrement efficace dans nos secteurs ou le compagnonnage est courant. Les freins sont plutôt d’ordre organisationnel, car il reste compliqué pour une entreprise d’accueillir un alternant sur une activité qui est discontinue. L’alternance pourrait être envisageable dans le secteur de l’animation, où les productions peuvent durer de 6 à 9 mois, soit la durée d’une année scolaire ! Un nouveau chantier à engager avec le RECA ?

 

Contact : Ségolène Dupont – CPNEF de l’audiovisuel – Paris – E-mail : sdupont@cpnef-av.fr – Site web : www.cpnef-av.fr