L’ALTERNANCE : UNE EXPERIENCE IRREMPLAÇABLE

Nicolas Albrecht, 25 ans, diplômé en 2015 d’ISART Digital, l’une des (rares) écoles du RECA à proposer des formations en alternance, est désormais concept artist à Studio Hary sur la série Grizzy et les Lemmings après un 1er contrat comme character FX à Illumination Mac Guff pour Tous en Scène.  Il revient pour e-RECA sur ses études en alternance.

 

 

 

 

 

Pouvez-vous nous raconter comment l’idée de travailler dans l’animation, et donc de suivre des études dans cette voie, vous est venue ?

L’envie de dessiner m’est venue assez tard, à mon entrée au lycée, alors que je suivais des études scientifiques qui me destinaient plutôt à une carrière d’ingénieur. Sans grand rapport avec le dessin ! Même si finalement, cette formation m’a aidé à comprendre la mécanique, les engrenages ou la construction de plans d’objets qui sont des compétences que j’utilise aujourd’hui en 3D.

En 1ère, j’avais commencé à apprendre le dessin en cours du soir. L’année suivante, en terminale, j’ai postulé à LISAA, école que m’avait conseillée ma prof de dessin. Et j’ai été reçu !

A cette époque, j’hésitais encore entre le graphisme et l’animation. J’avais réussi à trouver mon propre style de dessin qui a priori convenait plus à l’illustration qu’à des projets animés…. Et pourtant l’animation m’intéressait ! L’année préparatoire « généraliste » de LISAA m’a permis d’aborder ces 2 secteurs. Et c’est pendant cette année que je me suis décidé.

 

La possibilité d’opter pour un parcours en alternance a-t-elle influé sur le choix de votre école d’animation ?

Une amie m’avait parlé d’ISART Digital. J’ai intégré l’école sur ses conseils, sans vraiment savoir qu’elle offrait une possibilité de formation en alternance ! Mais très vite j’ai pensé que cela pouvait être une bonne expérience, surtout pour moi qui n’avais jamais eu l’opportunité de travailler en entreprise.

 

Qu’est-ce que ce système vous a apporté de plus qu’un parcours étudiant plus « classique » ?

L’expérience du travail en entreprise m’a appris que, plus que le niveau en dessin (ou des qualités du poste) que peut avoir tel ou tel graphiste, c’est surtout l’efficacité dont il fait preuve qui compte ! Actuellement, je suis concept artist. Je dois définir la forme d’un objet (décor ou personnage) comme le ferait un designer industriel. Pour que l’objet en question puisse ensuite être « fabriqué ».

Toutes mes expériences m’ont rendu multidisciplinaire. Ce genre de profil, très polyvalent, est particulièrement apprécié par les studios.  Connaître l’ensemble du pipeline de production fait qu’aujourd’hui, quand je dessine, je pense non seulement à mon travail… mais aussi à celui des autres membres de l’équipe qui interviennent après moi. J’ai appris à adapter mon travail pour faciliter celui du reste de l’équipe, à respecter les quotas, à rester dans le style du projet et à accorder la faisabilité des travaux qui suivront (ce que l’ont fait en amont implique souvent des difficultés ou des facilités dans la suite des tâches).

Quand on est étudiant stagiaire, il est plus facile d’accepter de faire des erreurs (autant pour soi-même que pour les superviseurs). Même si dans les 1ers jours, le stress est très important et l’enjeu parfois énorme. Mais on est dans l’entreprise pour apprendre. Les personnes qui nous encadrent nous permettent d’appréhender les réalités du terrain. Parfois on voudrait faire « mieux »… Mais la réalité économique du projet nous apprend à faire « efficace » ! La vie professionnelle est en cela vraiment très différente de la vie dans l’école.

Ce qui m’avait surtout marqué aussi, c’est la rivalité qu’il pouvait y avoir entre étudiants dans les écoles sans alternance (souvent due à une mauvaise compréhension dans la manière d’interagir avec ses supérieurs, ses collègues ou en l’occurrence ses camarades) et que je ne retrouvais pas dans les studios. Les relations avec les « professionnels » me semblaient plus bienveillantes. Nous ne savons pas communiquer pendant nos études, on ne connaît pas notre niveau et celui des autres, on ne sait pas vraiment s’y prendre avec le groupe, la hiérarchie. Dans le milieu professionnel, on est tout de suite mis dans le bain.

Par ailleurs, si l’école nous aide à trouver des stages, c’est aussi à nous de nous débrouiller. Cela nous apprend à chercher un poste, à nous vendre. Tout ce qui nous attend à la sortie de l’école !

L’intérêt de pouvoir enchaîner plusieurs expériences permet également à un étudiant de trouver sa voie. Pendant les études, on n’a pas forcément déjà choisi ou même identifié « sa » spécialité. Dans certaines grosses structures où j’ai pu travailler, il m’arrivait parfois de changer de poste durant une mission. Et ça c’est vraiment très instructif ! C’est ce qui permet d’avoir une vue globale de la production.

 

 

Quels sont les éventuels inconvénients d’un tel système ?

Les avantages de l’alternance sont vraiment très nombreux mais dépendent aussi énormément des équipes qui nous accueillent. Personnellement j’ai toujours travaillé dans des structures reconnues (Method Animation, Zagtoon…) et pour des projets importants (Le Petit Prince, Robin des Bois, Peter Pan, Lady Bug…). Mais ce n’est pas toujours le cas pour tout le monde ! 

Dans l’absolu, la principale difficulté reste de trouver son entreprise. Cela prend beaucoup de temps. Il faut aussi avouer qu’alterner rythme « scolaire » et rythme « pro » s’avère très fatigant.

Le principe de l’alternance est encore « jeune » dans l’animation. Il peut poser problème aux entreprises qui préfèrent miser sur une personne présente en permanence pendant le temps d’un projet, et pas juste une semaine sur deux. Pourtant, à mon sens, ce principe permet justement aux studios dont l’activité est souvent très cyclique de réguler leurs ressources humaines.

 

 

Quels conseils donneriez vous à de futurs étudiants en animation ?

Osez ! J’ai vu de nombreuses fois des gens ne pas se lancer malgré leur talent, juste parce qu’ils doutaient…. et passer ainsi à côté d’une occasion. Osez vous lancer dans des études. Osez toquer à la porte des studios. Personnellement je suis souvent allé « au culot » voir des boites de production. Et ça a toujours marché !

Ne surtout pas hésiter à « alterner » ! Quand dans une classe on est 30 élèves devant 1 prof, dans l’entreprise le rapport est inversé : on a 30 professionnels pour 1 élève ! Regarder travailler les équipes nous apprend énormément de choses. Les méthodes changent d’une boite à l’autre. Accumuler toutes ces expériences différentes est un vrai « plus » dans un CV.

L’animation est un milieu où il y a beaucoup d’échanges, beaucoup d’énergie, où les gens s’entraident spontanément. Il y a un vrai désir de transmission. Tout cela est très formateur. C’est surtout un secteur où les gens restent des « grands gamins ». Et travailler dans ces ambiances est vraiment enthousiasmant.

Quand on sort d’un parcours d’alternant, on a déjà tissé un vrai réseau professionnel. Cela facilite évidemment très clairement l’entrée sur le marché du travail. Dans mon cas par exemple, j’ai trouvé mon 1er poste immédiatement à la sortie de l’école. Par mon réseau !

Contact : Nicolas Albrecht – E-mail : anicolaspe@gmail.com  – Site web : www.nicolartsalbrecht.com