LA FRENCH TOUCH VUE PAR LAURENT VALIERE

Dans son livre Cinéma d’Animation, la French Touch* -publié en mai dernier par les Editions de la Martinière et Arte Editions – Laurent Valière, journaliste au service culture de France Info et producteur sur France Musique, raconte – sur une préface de Michel Ocelot et Sébastien Laudenbach – 125 années d’histoire de l’animation ainsi que les coulisses de la création de nombreux dessins animés français. Il revient, pour e-RECA, sur cette notion parfois galvaudée de french touch et plus largement sur la perception qu’il a du secteur de l’animation.

 

 

 

 Votre livre s’intitule « Cinéma d’Animation la French Touch ».  Comment définiriez-vous cette marque de fabrique française ?

L’expression French Touch est devenue pour les médias le « marronnier » par lequel ils qualifient l’animation en France. Mais dans la préface du livre, Michel Ocelot écrit à juste titre que la French Touch n’existe pas ! Il y a chez nous un vrai foisonnement créatif qui s’explique par plusieurs raisons (économiques, industrielles, historiques, culturelles…) et surtout par un vrai amour du cinéma. Nous avons en France les moyens de faire des films d’animation de tout genre, de tout style,  et pour tous les publics, enfants comme adultes. La production française est importante et peut s’appuyer sur une culture de la bande dessinée très riche. Les américains ont les super héros, les japonais les mangas… et nous, en France, nous avons la BD francophone !

Pour résumer, en reprenant une phrase de Michel Ocelot : en France, il n’y a pas « un » style mais « un foisonnement » de styles. Et c’est peut-être cela, la French Touch !

 

 

Quelle a été la genèse de votre livre ?

Je suis, à titre personnel, un amoureux de l’animation. Depuis toujours ! J’ai grandi avec les Walt Disney, avec La Parade des dessins animés que diffusait TF1 le mercredi, avec Gédéon de Michel Ocelot, avec Goldorak… A Unifrance, organisme pour lequel je travaillais à l’époque de sa sortie, j’avais assisté à l’intérêt que Kirikou avait provoqué chez les distributeurs du monde entier grâce à son style, très différent de ce que proposaient Hollywood ou le Japon. J’ai vu comment ce film, tel David contre Goliath, a réussi à attirer le grand public.

En tant que journaliste, j’ai ensuite eu l’opportunité de faire des reportages aux studios Aardman, de rencontrer de très nombreuses personnalités du secteur de l’animation. J’avais par exemple réalisé un reportage sur la genèse d’Arthur et des Minimoys, chez Buf. Quand, grâce à Pierre Lambert, le dessin animé a fait officiellement son entrée au Grand Palais avec une exposition sur Walt Disney, j’ai proposé à France Culture – qui l’a acceptée – une série sur l’histoire du dessin animé. C’était plutôt audacieux pour l’époque ! J’ai pu ensuite développer cette émission sur France Inter durant 3 étés. J’avais ainsi accumulé une importante documentation et réalisé de nombreuses interviews. Et j’ai décidé d’en faire un livre ! 3 ans ont été nécessaires à sa rédaction.

Je me suis replongé dans mes archives mais j’ai aussi bien évidemment effectué de nouvelles interviews. Je m’étais fixé plusieurs objectifs : ne pas négliger l’histoire des séries, souvent injustement oubliée, raconter celle des images de synthèse, et faire que ce livre ne s’adresse pas qu’au grand public mais qu’il soit aussi un vade-mecum, notamment pour les étudiants qui veulent travailler dans ce secteur.  L’idée était de montrer les coulisses. Les focus en fin de chaque chapitre sont là pour ça, avec des explications sur le contenu d’un certain nombre de métiers de l’animation.

 

Dans ce livre, vous évoquez l’excellence des formations françaises. A quoi est-elle due selon vous ?

Je crois, en premier lieu, qu’il y a une réelle volonté politique à soutenir la formation dans ce domaine. Certaines des meilleures écoles ont été créées grâce au soutien des pouvoirs publics nationaux et locaux, ou des chambres de commerce.

Ce sont par ailleurs des professionnels, qui travaillent dans l’animation, qui enseignent dans les écoles françaises. Ces intervenants ont vraiment à cœur de montrer et transmettre leurs savoir-faire.

De plus, les étudiants français sont formés de façon extrêmement polyvalente : ils savent tout faire – c’est une véritable force qui impressionne même les studios américains !

 

Comment voyez-vous l’avenir de l’animation française ?

Actuellement, c’est un secteur qui fonctionne très bien ! Mais il faut distinguer le marché de la télévision de celui du cinéma.

Concernant la télévision, je ne suis pas trop inquiet ! L’animation est le fer de lance des exportations des programmes audiovisuels français. L’hexagone compte désormais parmi les grands du secteur dans ce domaine et dispose d’un savoir-faire et d’une expériences reconnus. Il y a un véritable paradigme économique qui a été mis en place, avec des structures solides.

Côté cinéma, le secteur reste fragile. Il y a beaucoup de longs métrages qui sont mis en production en France. Principalement du cinéma d’auteur. Avec des petits budgets. Il s’agit à chaque fois de prototype. Ce modèle à ses avantages : diversité de styles, diversité d’histoires… Mais aussi des inconvénients : tout est à chaque fois remis sur le tapis !

Et même si Ma Vie de Courgette a connu un succès international, il n’y a aucune comparaison en terme de box office avec le résultat d’une production Pixar ou Disney !

J’attends de voir ce que va donner la sortie prochaine sur le marché américain de Ballerina. C’est un film volontairement très formaté, conçu pour le marché international.

J’étais cet été aux Etats-Unis. L’animation là-bas soulève aussi quelques inquiétudes. J’ai rencontré de nombreux professionnels américains : ils observent avec intérêt le modèle français – qui permet de fabriquer des films pour 2 fois moins chers que dans leurs studios – et se disent « c’est peut-être ça l’avenir » ! La France a vraiment une carte à jouer.

Il faut surtout souligner l’importance des soutiens dont ce secteur bénéficie : celui du CNC avec les différentes mesures d’incitation fiscale, celui d’Arte qui chaque année cofinance un film d’animation. Il faudrait que l’animation dispose, comme les autres catégories de films, de rampes de lancement aussi puissantes qu’un Festival de Cannes… qui malgré tout ne sélectionne pas assez souvent de films d’animation.

Peut-être faudrait-il créer une marque… Cette idée n’est pas nouvelle ! Disney a créé une marque. Chacun sait à quoi s’attendre lorsqu’il va voir un Disney ! Ghibli a créé une marque. On aurait envie d’une « marque Kirikou » : une sorte de label qui rassurerait le public !

Cinema d’Animation, la French Touch *256 pages – 240 x 310 mm – 39,90 €

Contact : https://www.facebook.com/Cinéma-danimation-la-French-touch-2058117837749085/