MAGELIS : UN POLE IMAGE TRES ANIME(E) !

Le Pôle Image Magelis est le 1er pôle image créé en France. Situé à Angoulême, en Charente, cet établissement public administratif cofinancé par le département de la Charente, la Région Nouvelle Aquitaine, la ville d’Angoulême et l’agglomération vient de fêter ses 20 ans.  En chiffres, c’est le 1er fonds d’aides à l’animation, 100 entreprises et associations spécialisées dans l’image, 12 écoles/formations supérieures de l’image réunissant quelque 1200 étudiants… Pour les professionnels de l’animation, Magelis est aussi l’organisateur des Rencontres Animation Formation (RAF) et des RADI (Rencontres Animation Développement Innovation). Géraldine Zannier, directrice Formation Recherche, revient pour e-RECA sur les activités de ce pôle très animé !

 

 

1/ Les 9ème RAF et 3ème RADI ont eu lieu en novembre dernier. Pouvez vous déjà en dresser un bilan ?

Cette année, aux RAF, nous avons franchi la barre des 300 participants avec quelque 310 inscrits à l’événement. Cela marque une étape. Les RADI quant à elles ont réuni plus de 215 personnes, contre 180 en 2016. Fait nouveau cette année : nombreux sont les participants qui ont assisté à l’ensemble des événements. Auparavant, il y avait un public pour les RAF et un public pour les RADI. Désormais, nombreux sont ceux qui ont compris l’utilité d’assister aux débats des 2 manifestations. Je pense que la bonne ambiance qui règne pendant ces journées est aussi un facteur de réussite !

Les thématiques évoquées varient chaque année,  notamment en fonction de la santé économique du secteur. Actuellement, grâce aux réformes du crédit d’impôt et du fonds de soutien mises en place par le CNC, l’animation connaît en France un très fort développement qui la met en tension en terme d’emploi. On reproche désormais aux écoles de ne pas former assez de talents alors qu’il y a encore quelques années, on leur reprochait d’en former trop !

La présentation pendant les RAF 2017 des chiffres du secteur était vraiment impressionnante : doublement des dépenses en France, croissance du volume de production, année record en termes de masse salariale. Nous en sommes à 6200 salariés, soit une progression de 15%, après une progression l’année précédente qui s’était déjà élevée à 16% ! C’est important de le souligner. Les parents d’enfants qui souhaitent travailler dans l’animation peuvent être rassurés ! Il y a du travail dans ce domaine. A court terme. Mais aussi à moyen et long terme. Il y a de plus en plus d’écrans. Partout. Ce qui entraîne un besoin croissant de contenus. Et pas seulement en matière audiovisuelle. Il y a des besoins connexes, dans d’autres secteurs.

 

2/ Avez-vous constaté d’autres évolutions au fil des éditions ?

Sur Angoulême, mais je pense que c’est un changement plus général, j’ai pu constater un véritable changement de mentalités dans les relations entre les « scientifiques » et les « créatifs ».  Je suis très en lien avec les laboratoires de recherche régionaux. Les rencontres entre ces derniers et les studios de jeux vidéo sont faciles. Ils ont l’habitude. En revanche, avec l’animation c’était plus compliqué ! C’est en train de changer. J’ai récemment travaillé avec un laboratoire de l’Université de Poitiers (XLIM) sur l’animation des fluides. Nous avons réussi à y intéresser quelques entreprises locales. Pendant les RADI, c’est surtout les questions sur la recherche qui se posent. Grâce à ces rencontres, tout le monde prend conscience de l’importance de ces aspects. L’intérêt nouveau des studios pour l’innovation et la recherche est aussi lié au besoin de compétitivité du secteur.

J’ai aussi noté des besoins de plus en plus grands sur des profils techniques et par conséquent la nécessité de formations plus techniques. Certaines écoles avaient ainsi proposé, suite aux discussions pendant les RAF, ce type de formations. C’est le cas notamment d’ArtFx à Montpellier. Les RADI et les RAF sont l’occasion pour les écoles de mieux appréhender les besoins du marché.

Les RADI/RAF ont ce genre d’influence : sur les formations proposées par les écoles, sur les outils utilisés par les studios…. Aucun studio ne voulait à une époque utiliser Blender. Maintenant oui ! Les témoignages d’expériences sont importants pour tous et font évolué les mentalités.

 

3/ Le Pôle Image Magelis joue un rôle très important dans l’animation. Comment est née cette « vocation » ?

Magelis est le plus ancien pôle image de France.  Il a pour mission de développer tout ce qui concerne l’image sur notre territoire. Il s’agit avant tout d’un projet de développement économique, fondé sur une véritable volonté politique. Nous travaillons étroitement avec la Cité Internationale de la Bande Dessinée dont les missions sont plus culturelles. Nous sommes totalement complémentaires. Notre 1er secteur d’activité a été la bande dessinée. Angoulême a organisé le 1er festival international de la bande dessinée en 1974. C’est donc logiquement que le Centre National de la Bande Dessiné, grand projet du président Mitterrand, a été créé ici en 1990. A l’époque, les entreprises industrielles fermaient dans la région. Les élus politiques ont pensé qu’il fallait investir dans des secteurs innovants. Dans l’audiovisuel, dans l’image.  Nous avons ainsi ensuite développé la filière cinéma d’animation qui est somme toute assez proche. Il faut souligner que nous sommes aujourd’hui le 2ème pôle de production en animation en France, après Paris. Avec une trentaine de studios d’animation présents à Angoulême. Leur implantation a été favorisée par les aides à la production. Et le fait que les loyers ici soient bien moins chers qu’à Paris ! Un cercle vertueux s’est peu à peu mis en place. Des écoles d’animation se sont implantées à Angoulême, notamment l’EMCA et l’Atelier, fournissant ainsi une main d’œuvre très qualifiée. Les entreprises ont donc continué de s’installer dans la région. Il y a désormais suffisamment de studios, avec des projets de courts ou longs métrages et de séries, pour que les professionnels intermittents du spectacle s’installent définitivement sans craindre de longues périodes d’inactivité. Il y a toujours des projets en cours ! En tout, se sont plus de 500 personnes qui travaillent ici dans l‘animation. Et 200 auteurs de BD.

 

4/ La formation est aussi l’un des grands enjeux de votre ville. Comment s’articule-t-elle ?

Je m’occupe et mets en lien aujourd’hui 12 écoles qui évoluent dans les secteurs artistiques : l’EMCA, l’Atelier, Objectif 3D, Human Academy – une école de mangas japonais, l’EESI (l’école de beaux-arts qui propose une section animation ainsi qu’un master et un doctorat en BD), le Cnam-Enjmin, le Créadoc (filière de l’Université de Poitiers), une école qui prépare un diplôme d’électro acoustique et de création sonore, une école de gestion / marketing des produits de l’enfant (jeux vidéo, illustration jeunesse…), un DUT métiers du multimédia et de l’internet avec également une licence professionnelle des métiers de l’image et du son, un BTS métiers de l’Audiovisuel et un BTS Design Graphique, une classe préparatoire publique aux écoles d’art. Cela représente 1200 étudiants. Nous sommes tous regroupés autour du quartier de l’image. Cette proximité favorise les contacts et génère de très nombreux partenariats.

Nous avons mis en place une conférence des directeurs qui permet aux directeurs et directeurs pédagogiques des écoles de se réunir fréquemment et de mettre en œuvre des actions, par exemple une journée Portes Ouvertes commune ou encore des stands communs sur les salons étudiants. Nous organisons aussi des conférences systématiquement ouvertes à tous les étudiants de toutes les écoles.

Il y aussi une association commune à l’ensemble des étudiants de ces écoles, baptisée CIA (pour  Campus Images Angoulême) qui est très dynamique et qui édite depuis 3 ans un recueil d’illustrations de toutes les écoles. C’est un très bel outil de communication pour les étudiants qui y participent et pour nous aussi ! Magelis prend en charge l’impression et la diffusion. Nous avons aussi mis une salle de sport à disposition des étudiants ainsi qu’un foyer commun et autogéré de danse, de chant et de théâtre.

Une autre très belle initiative a permis à  Creadoc, notre formation en Documentaire de Création, et à l’EMCA de travailler ensemble au cours d’un atelier de 4 à 5 semaines qui débouche sur la création de documentaires animés (visibles sur Viméo).

Le Jeu dans la Ville est le résultat d’un autre partenariat, toujours sous forme de workshop, entre les étudiants de l’ENJMIN et les étudiants en art de l’EESI. Il s’agit là de créer des parcours ludiques dans la ville  sous forme par exemple de chasse aux trésors. Cette confrontation des élèves en art et de ceux en jeux vidéo est très intéressante et dure depuis quelques années maintenant.

Dernièrement, avec la Nef, la salle des musiques actuelles, nous avons fait un concert de joysticks avec une trentaine d’étudiants de plusieurs de nos écoles…

Nous répondons à des sollicitations de plus en plus nombreuses et mettons en contact les structures culturelles entre elles. C’est un secteur vraiment dynamique. Il y a toujours quelque chose qui se passe ! Tous ces projets sont vraiment enthousiasmants.

 

5/ Quelle est la particularité du Pôle Image Magelis par rapport aux autres pôles image?

Nous répondons à l’ensemble des besoins des entreprises : accompagnement à l’installation,… à l’instar des autres pôles image mais nous gérons également directement les aides à la production du département et nous allons jusqu’à la création de bâtiments dédiés : pour les entreprises, les écoles ou encore les équipements culturels.

Nous sommes en outre le seul pôle image en France à posséder un service « bâtiments ». Magelis est en effet propriétaire de nombreux bâtiments dans Angoulême. Une ingénieure bâtiment suit tous les projets de réhabilitation et de construction. Nous sommes ainsi capables de répondre aux besoins des entreprises, des écoles ou des équipements culturels. Nous venons par exemple de réaliser un bâtiment pour le studio 2 Minutes, dans les mêmes locaux que l’école l’Atelier. Et nous avons récemment réhabilité un bâtiment pour un collectif d’auteurs de bande dessinée et d’indépendants de l’animation et du documentaire.  Nous sommes aussi propriétaires des Chais Magelis où se trouve le musée de la BD.  Nous avons récemment construit une résidence étudiante, gérée par le CROUS et réservée aux étudiants des écoles de l’image. Magelis est aussi copropriétaire avec le CNAM du bâtiment où se trouve l’ENJMIN et dans lequel a été créé un restaurant universitaire. Enfin, nous possédons les bâtiments où se trouvent Studio Hari, TTK, Dargaud ou encore Normaal Animation… Au moindre problème  notre service bâtiments peut intervenir immédiatement. Si notre implication dans l’immobilier a parfois été jugée peu conforme à nos missions, cette opportunité est aujourd’hui particulièrement ap

préciée des entreprises.

 

6/ Quels sont les autres projets de Magelis ? Dans quels autres secteurs intervenez-vous ?

Avec Creadoc, le LISA et l’ENJMIN, déjà évoquées, nous sommes présents dans le domaine du documentaire, de la fiction et du jeu vidéo.

La réalité virtuelle et augmentée nous intéresse également beaucoup. Elle devient un secteur d’activité de Magelis. Notre objectif est d’installer de nouveaux studios à Angoulême. C’est également l’opportunité pour nous de créer un nouvel évènement dans ce domaine qui fera le point sur le secteur. L’une des questions sera notamment de s’interroger sur la pertinence de créer une école de réalité virtuelle et augmentée. En cas de réponse positive, Magelis créera cette école.

Nous portons par ailleurs un projet de création d’un centre / lieu d’exposition autour de la réalité virtuelle et de tous les savoir-faire locaux. Ce lieu que nous voulons vivant et qui sera ouvert au grand public montrera les réalisations des entreprises et des étudiants et disposera d’un espace d’exposition temporaire.

Enfin nous réfléchissons à la création d’un centre de documentation commun à l’ensemble des écoles de l’image.

 

Contact : Géraldine Zannier – Direction Formation Recherche – Pôle Image Magélis – Angoulême – Tel : 05 45 38 00 00 – Site web : http://www.magelis.org/