GO-N PRODUCTIONS : UNE ENTREPRISE ANIMEE PAR L’ENVIE !

Créée en 2004 par Anne de Galard et Eric Garnet, la société de production GO-N Productions – spécialisée dans la série télévisée pour enfants – a d’abord développé et produit des séries comme La Famille Trompette ou Lou dont la fabrication était confiée à des prestataires, avant d’intégrer la pré production à partir de 2009 pour Commandant Clark, puis Zip Zip, la 4ème saison de Titeuf ou encore Tib et Tatoum. En 2016, elle lance son studio d’animation pour produire et fabriquer entièrement Simon. Elle poursuit aujourd’hui son développement avec l’agrandissement de son studio d’animation. Elle y fabriquera notamment les prochaines saisons de Simon et de Zip Zip.

Son producteur exécutif, Emmanuel de Franceschi, revient sur le parcours et la stratégie de cette structure qui développe une véritable culture d’entreprise basée sur l’envie et maintient une ligne éditoriale rigoureuse, tout en poursuivant sa diversification.

 

 

 

1/ Pourquoi avoir franchi le cap de l’intégration d’un studio d’animation ?

 

C’est une évolution qui s’est faite progressivement. GO-N, à sa création, développait, finançait et produisait des séries dont la fabrication était confiée à des studios prestataires. Puis, pour des raisons de coûts, a intégré la pré-production, puis le montage et enfin le layout, les décors et l’animation. Le passage s’est fait en 2016, à un moment où plusieurs conditions étaient réunies pour tester ce modèle. Nous avions un projet « idéal » : la série Simon dont les épisodes sont courts et réalisés en Flash, un logiciel que son réalisateur maitrise parfaitement. La réforme du fonds de soutien audiovisuel pour l’animation incitait par ailleurs fortement les producteurs à relocaliser. Cela nous a permis de contrebalancer un coût de fabrication plus élevé en France par un surcroit de financement. Cela nous a permis également de mieux gérer la qualité de ce que nous produisons, d’avoir des interventions plus précises et plus réactives qu’en travaillant avec un studio extérieur, surtout s’il est situé à l’étranger.

 

Il ne faut cependant pas négliger le risque « d’accident industriel » qui est plus grand. Nous n’avons pas le droit à l’erreur que ce soit dans l’évaluation de la qualité de ce que l’on doit produire, le processus de production, les cadences, le recrutement…

Heureusement tout s’est bien passé. A tel point que, fin 2017, GO-N s’est encore agrandi pour atteindre désormais une capacité de 60 à 70 postes de travail.

 

2/La France se positionne comme un acteur leader dans le monde en matière d’animation, particulièrement en séries télévisées. Comment analysez vous cette réussite ?

Personnellement, je suis arrivé dans le secteur de l’animation en 2000/2001. La France était déjà le 3ème producteur mondial. Son industrie était florissante. Je pense que c’est principalement lié à la politique volontariste de soutien très forte qu’il y a eu envers ce secteur dès les années 90. L’animation étant identifiée par les pouvoirs publics et le CNC comme un secteur économique particulièrement porteur, ils ont mis en place les moyens de son développement, via notamment un cadre institutionnel très favorable.

Malgré ce cadre, et parce que l’animation coûte cher à fabriquer, on ne peut pas produire à un niveau uniquement national. Dans les programmes télévisés, en France, l’animation se trouve majoritairement cantonnée à des cases jeunesse. Qui par définition ne bénéficient pas des mêmes financements que les cases en prime time ! Pour financer un projet, l’ouverture à l’international est donc quasi indispensable. C’est aussi pour cela que l’animation française s’exporte. C’est la convergence de nos financements nationaux forts et l’ouverture obligée à l’international qui rend notre animation si présente.

Cette convergence a permis l’émergence d’une industrie. De savoir-faire. La création de nombreuses écoles. Tous ces éléments ont constitué un cercle vertueux dans un secteur qui a su se structurer. Et plus seulement au niveau national. Au niveau local, il y a aussi des régions, des départements, des villes… qui ont identifié l’animation comme un véritable  enjeu de croissance économique. Ils ont ainsi mis en place – à leur échelle – un terrain propice au développement de ce secteur.

 

3/Quelles sont les principales problématiques auxquelles une structure comme GO-N doit faire face pour se développer ?

 

GO-N reste une petite structure indépendante, qui n’est pas adossée à un groupe et n’a pas (encore) un catalogue suffisant pour absorber les aléas de la production. Nous n’avons pas non plus une propriété qui soit pour l’instant suffisamment emblématique pour générer des revenus sur internet ou en produits dérivés.

De ce fait il nous est indispensable de particulièrement bien gérer nos productions, dans le cadre budgétaire qui est le notre et avec la qualité attendue par nos clients diffuseurs.

Maintenant que nous sommes aussi un studio, les coûts fixes sont plus élevés. Nous devons donc réussir à enchainer les projets pour maintenir le chiffre d’affaires. Et pouvoir garantir des missions aux personnes avec lesquelles nous travaillons et que nous souhaitons garder chez nous !

Pour cela, l’enjeu majeur est le développement. En parallèle de la production, il nous faut toujours développer  de nouveaux projets. Et leur trouver preneurs ! Continuer de vendre nos séries existantes. Leur assurer de nouvelles saisons. Au maximum, nous produisons 2 à 3 séries par an. C’est déjà beaucoup.  Et pour l’instant nous ne souhaitons pas aller au-delà. Mais nous devons réussir à garder ce rythme tous les ans. Dès la création de la société, nous avons toujours été présents sur les grands marchés internationaux. Annecy, Cartoon Forum, Mip Junior, ou encore Kid Screen Summit sont des « incontournables ».

Un autre enjeu important est de développer un programme emblématique qui puisse vraiment s’inscrire dans la durée. Nous espérons faire de Simon ce programme emblématique. Le faire « exister » en licensing, en droits dérivés. Ceci nous donnerait une plus grande stabilité, nous permettrait d’être un peu moins à la merci des aléas de la production.

 

4/En matière de recrutement, que recherchez vous lorsque vous embauchez de jeunes diplômés ?

Nous recherchons des jeunes qui aient été formés à bonne école et surtout qui adhèrent à l’ « état d’esprit » GO-N. Il faut qu’ils soient curieux et qu’ils aient envie… Envie de faire ce qu’on leur donne à faire ! Envie de travailler sur nos projets. Envie de s’impliquer dans l’aventure GO-N !

Depuis quelques années, nous essayons de prendre plus de stagiaires, à des postes techniques et artistiques. Et nous essayons autant que possible de transformer les stages en 1ers emplois.

J’essaie d’assister aux jurys de fin d’études pour repérer les talents. Certains se détachent du lot. On se souvient de leur film. Pour un étudiant, le stage est la meilleure façon de mettre le pied dans une entreprise. Surtout si il peut occuper différents postes. Chez GO-N, pendant les périodes de stage, nous leur faisons faire des tâches de vrais professionnels mais qui ne sont pas forcément « indispensables » à la production. Il y a donc moins de pression. Et ça nous permet de juger, de voir comment techniquement ils se débrouillent. Comment ils s’adaptent. Nos stagiaires n’ont pas toujours été formés aux outils que nous utilisons. Pour moi la formation est importante parce qu’elle donne vraiment un cadre. Mais il ne faut pas s’imaginer qu’en sortant de l’école, un diplômé est immédiatement employable. Il a encore beaucoup à apprendre. Dans ces métiers, on ne finit jamais d’apprendre. Chaque production est différente. Chaque technique est différente. Les logiciels évoluent. Les styles sont différents. Les pipelines de fabrication sont différents. Moi-même j’apprends des choses nouvelles tous les jours !

Un jeune diplômé de l’école Pivaut a travaillé en storyboard sur Zip Zip 2. Un ancien stagiaire de la même promotion travaille sur l’animation de Tib et Tatoum et fera partie de l’équipe de Zip Zip -, un autre est en train de passer des tests pour travailler chez nous également en animation.

Si nous recrutons essentiellement en animation et en lay-out, nous cherchons aussi des personnes pour les décors et des story boarders. J’ai l’impression que pour un jeune diplômé, c’est plus facile d’entrer directement en fabrication qu’en pré-production.

 

5/Vous avez aussi recours à l’alternance. Comment l’appréhendez vous ?

Nous avons un poste d’alternant, en gestion de production, que nous renouvelons chaque année depuis 2014. Le rythme reste contraignant pour l’alternant comme pour la société. Il faut savoir choisir la mission qui lui est confiée et qu’il doit prendre en charge malgré un emploi du temps qui fluctue.  Idéalement il faudrait que le rythme, quel qu’il soit, ne varie pas ! L’alternant pour nous est un vrai salarié. Même s’il est encore à l’école.

Nous choisissons nos alternants toujours dans la même formation, celle des Gobelins en gestion de production. L’école organise un speed recruiting au cours duquel les entreprises peuvent faire des pré sélections. Ensuite nous revoyons plus longuement les 3 ou 4 profils qui nous ont le plus marqué.

Nous manquons de budget pour prendre des alternants à d’autres postes. C’est la taxe d’apprentissage qui contribue à financer leur formation et, nous concernant, elle ne peut pas prendre en charge plusieurs personnes. Mais peut-être qu’un jour nous pourrons embaucher un alternant sur un poste plus technique. Pour du digital ou pour l’international.

 

6/Quels sont vos projets à court, moyen et long terme ?

L’ouverture à l’international, avec notre structure de distribution GO-N International, a connu une accélération en 2016 avec l’arrivée de Marie Congé au poste de directrice des ventes et du business development. Nous nous positionnons de plus en plus sur des projets d’autres producteurs. Ou sur des coproductions.

Nous avons aussi ouvert un département digital qui a pour vocation de faire vivre nos propriétés sur les nouveaux médias avec un enjeu de notoriété pour nos programmes. Nous avons par exemple créé une chaine sur Youtube pour Simon, avec des contenus spécifiques. Développer sa notoriété peut aider à augmenter ses audiences… Pour nous c’est aussi une source, pas forcément importante mais qu’on espère faire grossir, de revenus additionnels.

Nous aimerions aussi développer des propriétés spécifiques pour les nouveaux médias. Nous y travaillons. C’est une vraie prise de risque mais c’est un axe de développement que nous avons identifié comme important car si nous ne l’abordons pas maintenant, nous serons très vite dépassés !

GO-N fait aussi, toujours autour de Simon, un gros travail en termes de produits dérivés : peluches, puzzles, marionnettes à doigts, autocollants… Et nous n’en sommes qu’au début ! Parce que nous croyons vraiment à son potentiel en France et à l’international. Il est vrai que Simon avait déjà une notoriété en édition puisque le personnage existe en livre depuis 10 ou 15 ans.

En tout cas, cette année nous serons déjà bien occupés avec Tib et Tatoum, la saison 2 de Zip Zip, la saison 2 de Simon puis la saison 3 qui est déjà en préparation ! Pour l’instant tout va bien, mais il ne faut pas s’endormir !

 

Contact : Emmanuel de Franceschi – GO-N Productions – Paris – E-mail : emmanuel@go-n.fr – Site web : www.go-n.fr/