JEAN-PAUL COMMIN : DE KIRIKOU AUX EUROPEAN EMILE AWARDS

La 2ème édition des European Emile Awards se tiendra en décembre prochain à Lille. Jean-Paul Commin, membre fondateur et Secrétaire Général de l’Association European Animation Awards qui organise l’événement, revient pour e-RECA sur la genèse de cette soirée.

Pour mémoire, Jean-Paul Commin, a commencé sa carrière comme journaliste, avant  d’occuper plusieurs postes de direction dans différentes structures artistiques et culturelles (Phonogram/Polygram France,  WEA Music, N.M.V, Fil à Film/Les Films de ma vie) puis de diriger le SEV (Syndicat e l’Edition Vidéo) et l’IVF (Fédération Internationale de la Vidéo). Au cours de sa carrière, il a aussi dirigé le pôle Entreprise de France Télévisions Distribution, présidé le Comité de Pilotage du Comité Exécutif de l’Observatoire Européen de l’Audiovisuel (Conseil de l’Europe) et participé à la vie de nombreux comités et associations. En 2008 il rejoint Les Armateurs (Kirikou, Les Triplettes de Belleville, Ernest & Célestine) au titre de Conseil et Chargé de Mission. Il vient de rédiger (avec Valérie Ganne et Didier Brunner) le livre « Kirikou et après… 20 ans de cinéma d’animation en France » (publié en octobre 2017 chez Actes Sud).

 

 

1) Comment sont nés les European Animation Awards ? 

L’idée des « Emile Awards » vient de l’invitation du producteur Didier Brunner aux Annie’s Awards à Hollywood en 2014, pour y recevoir un Prix pour l’ensemble de son activité de producteur.

Cette manifestation existe de longue date et a pour but de promouvoir et célébrer l’animation dans toutes ses composantes, avec un fort accent mis sur la diversité des métiers et des savoir-faire. Avec Didier, nous avons commencé à réfléchir à la possibilité de développer un projet européen sur le même principe.

Rejoints pas des professionnels français, tels que Denis Walgenwitz et Olivier Catherin, nous avons donc créé l’Association Européenne « European Animation Awards », que nous avons constitué en 2015.

Et même si il s’agit de professionnels français, il a été clair depuis le début que l’objectif est bien de célébrer l’excellence de l’animation dont la France est certes le fer de lance mais dans le contexte d’un incontestable dynamisme européen. Le choix du nom « Emile Awards » est le fruit d’un consensus des membres fondateurs et du premier Conseil d’Administration, soit quinze professionnels, venus de divers pays européens. Il s’explique par la référence à deux pionners du secteur : Emile Reynaud et Emile Cohl.

2) Pourquoi devoir créer des récompenses spécifiques ?

Dans notre réflexion, nous avons rapidement échangé avec les responsables des deux principales manifestations européennes consacré au secteur, donc le Festival et Marché d’Annecy et l’organisation Cartoon, tous deux sont Memb res d’Honneur de l’Association. En effet il s’agit bien de créer une manifestation qui s’inscrit en complément de ce qui existe déjà et participe de façon essentielle au dynamisme de l’animation. De la même manière, nous avons échangé avec les principaux Festivals européens et les différents secteurs qui participent à cette réussite de l’animation européenne, dont bien évidemment les écoles.

L’objectif n’est pas de décerner un Prix annuel au meilleur film, meilleur, court métrage, meilleure série…, il consiste à mettre en avant les divers métiers et les nombreux talents qui en font la richesse.

Concrètement cela signifie des catégories pour  scénario, décors, character design, storyboard, réalisation, son… La mise en avant de ces talents est fondamentale et distingue notre initiative en mettant l’accent sur les équipes qui participent à la création.

3) Que réserve la 2ème édition ?

La 1ère édition s’est tenue à Lille en décembre dernier, avec un grand succès à la fois par la présence des professionnels, 500 environ, et du public, 500 également. Cérémonie complétée par la projection en avant-première européenne du film de Nora Twomey « The breadwinner » (« Parvana, une enfance en Afghanistan », sortie française le 27 juin par Le Pacte). Outre les remises de prix, la soirée a également consacré un professionnel européen, choisi par le Conseil d’Administration : Richard Williams, réalisateur à la riche carrière et connu en particulier par son travail sur « Qui veut la peau de Roger Rabbit » qui lui a valu des Oscars. Ce Prix spécial porte le nom de Lotte Reiniger Award, en hommage à la grande réalisatrice allemande. Le Prix a été remis par Peter Lord (producteur et réalisateur, cofondateur des Studios Aardman), Président de l’Association E.A.A Emile Awards.

Pour 2018, la soirée Emile Awards et projection d’un film européen en avant-première se dérouleront  le samedi 8 décembre à Lille, dans la salle du Nouveau Siècle.

Compte tenu de la présence de nombreux professionnels, de l’intérêt manifesté par Pictanovo/Hauts de France, le CNC, Creative Europe Media, la ville de Lille et nos nombreux autres partenaires, nous avons décidé de développer également un programme sur la journée du 7 décembre.

Il permettra à la fois des rencontres entre professionnels, sous forme de Conférences, avec le public local et régional, sous forme de Master Class, sans oublier des initiatives telles que Expositions.

Le détail de cette journée du 7 est encore en cours d’élaboration mais l’idée est d’amplifier le contenu et le retentissement de cet évènement avec un programme à même d’intéresser et satisfaire professionnels et grand public. Le pré-programme sera dévoilé à Annecy le 11 juin lors d’un MIFA Event à l’Impérial à 15h, ainsi que l’annonce de la composition du nouveau Conseil d’Administration et le choix de celui-ci pour le Lotte Reiniger Award.

 

 

4) Quelles sont selon vous les spécificités de l’animation européenne ? 

Les spécificités de l’animation européenne sont nombreuses ! La diversité des talents, des techniques et des œuvres est une caractéristique fondamentale, ceci reflête à la fois la mosaïque des cultures et celle des personnalités qui ont contribué et contribuent au formidable essor de la création cinématographique et audiovisuelle en animation.

La richesse de création de l’Europe est une évidence, et pas seulement pour l’animation, et elle se caractérise par sa grande diversité, ceci étant évident à la fois en terme de production audiovisuelle et cinématographique.

Et la diversité prend bien des formes, au niveau du contenu mais aussi de la forme, du projet artistique à son aboutissement au plan technique.

Ce dynamisme s’accompagne en effet d’une réelle « ouverture » d’esprit qui contribue à l’émergence de talents.

Le propos n’est pas d’opposer création européenne versus reste du monde mais plutôt de constater que l’Europe est source d’innovation et de création. Et le succès international, tant en audiovisuel qu’en cinéma, en est sans doute la plus évidente démonstration !

 

5) Vous avez co-rédigé l’ouvrage Kirikou et après qui souligne le dynamisme européen mais surtout français en matière de cinéma d’animation. Pourquoi écrire un livre sur ce thème ? 

Outre les Emile Awards/European Animation Awards, le travail mené avec Didier Brunner sur un autre projet nous a amené à nous intéresser plus particulièrement à cette période de grand dynamisme, ouverte en 1998 avec Kirikou et la Sorcière, qui nous a valu d’entamer alors une collaboration qui dure également depuis 20 ans, et le formidable développement actuel.

Le livre Kirikou et après – 20 ans de Cinéma d’Animation en France est également né de ce constat : d’une situation d’extrême rareté, dans les années 90, nous sommes passés à une forme d’abondance, pour le cinéma en particulier mais aussi pour l’audiovisuel. Et les succès rencontrés par le cinéma d’animation français, souvent conçu et développé avec des partenaires coproducteurs européens, participe à ce fort dynamisme. Diversité des contenus, des thèmes, des univers graphiques, des techniques, c’est un constat qui se retrouve de façon tout aussi large si l’on se penche sur la création au niveau européen. A ce titre, le cinéma d’animation français, désormais connu et reconnu pour son originalité et ses succès, est révélateur d’une évolution qui se retrouve au niveau européen. Et ayant vécu cette période de l’intérieur, à travers la problématique de recherche de talents et de production, il nous a semblé que cette expérience méritait d’être relatée et partagée sous la forme d’un livre.

 

5) Quelle place occupent les écoles d’animation dans cet éco-système si dynamique ?  

Dans notre ouvrage, nous avons consacré un développement sur le sujet des écoles d’animation. Et dans notre projet des Emile Awards, nous avons dès l’origine considéré que les écoles d’animation constituent un élément essentiel du dynamisme présent et encore plus futur de l’animation européenne. Il est d’ailleurs à noter que dès les 1ers  frémissements du projet, nous avons été en relation avec les écoles d’animation, françaises et européennes. Ceci s’est ainsi manifesté par la nomination en tant qu’administrateur de Odile Perrin des Gobelins en 2016.

La volonté de faciliter l’accès aux Awards, et donc la capacité d’étudiants de pouvoir participer aux votes, s’est ainsi vérifiée par un prix d’adhésion de base particulièrement raisonnable (20 euros). Si l’essentiel du projet est porté par des professionnels d’expérience… et d’âge certain ( !), cela tient à une évidente volonté d’offrir un « outil » appelé à devenir celui des générations montantes. L’expérience qui est la nôtre nous a permis de concevoir et développer un tel projet auquel nous souhaitons que les étudiants et l’ensemble des nouveaux acteurs de l’animation non seulement s’associent mais en deviennent progressivement des acteurs des évolutions à venir.

On sait que l’Europe de l’animation se caractérise par le dynamisme de sa formation, constat que les non européens et particulièrement les studios des majors US ont fait depuis longtemps et qui se manifeste par une présence toujours croissante à des manifestations telles que Annecy, et l’exemple français est bien évidemment le plus pertinent et le plus spectaculaire. Si dynamisme du secteur il y a, c’est évidemment aussi du fait de la qualité de l’enseignement et de la formation des nouvelles générations. Les Emile Awards entendent s’en faire l’écho et la possibilité pour les étudiants d’y participer à travers leurs votes est un point qui nous apparait essentiel et que nous avons d’entrée intégré. Le futur appartient aux nouvelles générations, c’est une évidence. Et celle-ci passera par une place de plus en plus significative à ceux qui aujourd’hui et demain vont poursuivre le formidable développement d’un secteur aussi enthousiasmant que celui de l’animation.

 

A noter : Pour en savoir plus sur les Emiles Awards, un événement baptisé  » Emile Awards 2018 : Everything you wanted to know… » se déroulera le 11 juin de 15h à 17h à l’Impérial. Seront annoncées toutes informations nécessaires à l’appel à films 2018 ainsi que quelques surprises !

 

Contact : https://animationawards.eu/