LE CARREFOUR DU CINEMA D’ANIMATION : UN CROISEMENT INCONTOURNABLE !

La 16ème édition du Carrefour du cinéma d’animation se tiendra du 12 au 16 décembre prochain, au Forum des Images à Paris. Une nouvelle occasion pour chacun de rencontrer tous les talents de l’animation, dans tous les domaines, des plus jeunes au plus expérimentés. Sylvie Porte, initiatrice du projet, raconte cette aventure à e-RECA.

 

1-Comment résumer le Carrefour du cinéma d’animation pour ceux qui ne connaitraient pas encore l’événement ? 

Le Carrefour du Cinéma d’Animation est né précisément le 8 mars 2003. Quand je l’ai fondé, à l’époque, avec Xavier Kawa-Topor, c’était une seule journée consacrée entièrement aux écoles de cinéma d’animation, avec : des rencontres avec des professionnels, une avant-première et la projection de films de fin d’études. L’idée était de montrer et promouvoir la diversité des formations françaises à l’animation. Progressivement la durée de l’évènement a augmenté, le nom a été modifié, la forme a changé… Pendant 5 ans, il a même intégré le jeu vidéo ! Le Carrefour continue d’évoluer au fil du temps et de proposer des choses nouvelles. Nous avons par exemple projeté des œuvres en relief. Aujourd’hui c’est la réalité virtuelle qui est intégrée à la programmation.

Le Carrefour se tient désormais sur 4 jours. Il propose un panorama international autour de l’actualité du cinéma d’animation dans tous ses formats et sous toutes ses formes : du film de fins d’études au long métrage, en passant par le court métrage, des work in progess, des secrets de fabrication…

Chaque année, nous recevons entre 4000 et 5000 visiteurs.

 

2-Quels sont les faits marquants de cette 16ème édition ? 

Richard Williams est notre invité d’honneur et sera présent du début à la fin du Carrefour.

La soirée d’ouverture a lieu le 12 décembre avec l’avant-première du film de Raul de la Fuente et Damian Nenow, Another Day of Life, qui se sont emparés de l’histoire de Ryszard Kapuściński, journaliste polonais qui couvrait le conflit en Angola. Damian s’était déjà fait remarqué avec Paths of Hate, un de ses courts métrages primé il y a quelques années à Annecy.

C’est un film particulièrement touchant.

Le film de clôture, Ruben Brandt, Collector, est aussi un très beau film jamais diffusé, qui sera projeté en présence de son réalisateur Milorad Krstic,  un peintre et sculpteur hongrois dont c’est le 1er long métrage. C’est un film avec beaucoup d’action et surtout une animation très originale.

Pour la 1ère fois cette année, nous ouvrons la compétition aux courts métrages professionnels français. Il s’agira principalement d’avant-premières puisque la plupart sortent des laboratoires pour le Carrefour ! Le jury sera dans les salles pour visionner les 3 séances. La remise du prix aura lieu au cours de la soirée de clôture. Nous avions envie de mettre plutôt en avant la production de courts métrages et ce sera donc une société de production qui sera récompensée.

Il y a d’autres temps forts dans cette 16ème édition, notamment dans la section « Politique et Animation », avec des courts métrages internationaux retraçant des faits réels. Les réalisateurs sont de plus en plus nombreux à s’engager, aussi bien dans le court que dans le long métrage et c’est vraiment une très bonne chose. J’entends parfois dire que c’est « n’importe quoi » que de traiter des faits réels en animation. Je ne vois vraiment pas pourquoi ! Au contraire. Ces artistes se servent de l’animation pour exprimer ce qu’ils n’arriveraient pas à exprimer en images réelles d’une part, et de l’autre, parce que ce sont avant tout des talents de l’animation ! On est pas dans  de la propagande. Ce sont des histoires vraies. Comme dans Funan que viendra présenter Denis Do. Ou encore Wardy, de Mats Grorud, un 1er long métrage en stop motion qui raconte le conflit israélo-palestinien.

Depuis plusieurs années, je constate – et cela me fait réellement plaisir – que même les étudiants s’emparent de plus en plus de sujets politiques pour leur film de fin d’année. Parfois pour des raisons personnelles. Je les encourage vivement à poursuivre !

Le festival Carrefour présentera par ailleurs la reprise du palmarès du Festival national du Film d’animation 2018 et le best of du Siggraph Computer Animation Festival, fêtera les 50 ans des Shadoks et dévoilera de nouveau quelques secrets de fabrication (NDLR : programmation complète sur le site de l’événement).

 

3-Quelle place pour les étudiants ? 

Les écoles occupent toujours une place fondamentale dans l’événement. Côté programmation, il y a 4 séances de films de fin d’études, soit une par jour, pour un total de 72 films.

A la création du Carrefour, nous proposions des rencontres entre les écoles. Chacune disposait de stand au sein du Forum mais cette formule s’est un peu épuisée d’année en année. Nous organisons donc désormais un Cadavre Exquis animé. Une cinquantaine d’étudiants représentant 10 écoles participeront à sa 8ème édition. Chaque équipe d’étudiants partira de la même illustration donnée par Richard Williams. Les différents travaux seront ensuite montés bout à bout et présentés en soirée de clôture. Chaque année le résultat est très spectaculaire. Le cadavre exquis est comme un « petit festival » à l’intérieur du Festival.

Les étudiants sont par ailleurs invités à assister à toutes les séances proposées par le Carrefour. Ils peuvent ainsi se rencontrer ou rencontrer des professionnels,

A ce jour, nous avons 20 formations représentées soit par la participation de leurs étudiants au Cadavre Exquis animé, soit par la sélection de films de fin d’études. Soit par les 2 !

Il faut aussi signaler que ce sont des étudiants qui chaque année réalisent la bande annonce du Carrefour. Cette année ce sont les étudiants de l’Ateliers de Sèvres qui l’ont fabriquée. C’est là encore l’occasion pour nous de tisser des liens très forts avec les écoles.

 

4-Vous côtoyez les écoles françaises depuis de nombreuses années. Qu’est-ce qui selon vous les distingue des formations d’autres pays ?

En France nous avons une chance incroyable ! Quasiment aucun pays ne bénéficie d’une offre de formation aussi abondante et diversifiée qu’ici. Je voyage beaucoup, en particulier au Maghreb. Ailleurs les formations en animation ne sont souvent que des petites sections ou des options d’écoles d’art. Il y a parfois des envies de développement, en Afrique notamment où il y a de vrais talents, mais qui se confrontent  à un manque manifeste de moyens et à l’absence de personnel d’encadrement ou de professionnels.

Mais attention ! Si en France nous avons beaucoup d’écoles, toutes ne sont pas de qualité. Ou intéressantes, avec des coûts particulièrement élevés.

Il faut rester vigilants vis-à-vis de toutes ces écoles qui se montent mais dont on ne sait pas trop ce qu’elles deviendront ! Ou pire : ce que deviendront les étudiants qui en sortent…

 

5-Comment envisagez l’avenir du Carrefour ? 

En tant que programmatrice, je vois beaucoup d’œuvres très intéressantes. C’en est même temps formidable et parfois frustrant parce qu’on ne peut pas toujours avoir les films que l’on souhaiterait montrer. Nous sommes de plus en plus confrontés aux questions d’exclusivité des festivals de classe A, même au niveau des courts métrages. C’est un sujet dont il faudra un jour débattre avec tous les professionnels du secteur.

Mais pour en revenir au Carrefour, nous continuerons de proposer des programmes de qualité et des invités prestigieux !  Outre Richard Williams, cette année nous avons la chance de présenter Erick Oh, un jeune coréen qui habite aux Etats Unis et qui a fait un grand début de carrière chez Pixar avant de réaliser cette série très remarquée, notamment à Annecy, Pig : The Dam Keeper Poems.

Depuis la rentrée, nous avons par ailleurs un tout nouveau rendez-vous mensuel au Forum baptisé Tout’Anim. L’animation se porte bien. Le Carrefour est bien implanté au Forum des Images et j’espère qu’il a encore un bel avenir devant lui.

Contact : Sylvie Porte – Forum des Images – Paris – Site web