FANTOCHE : QUAND L’ANIMATION REPOND AU SUJETS SOCIETAUX

Le RECA était présent à la dernière édition de Fantoche, le festival international du film d’animation qui se tient tous les ans à Baden en Suisse, début septembre. Baptisé du nom du premier héros de dessin animé créé par Emile Cohl, ce festival propose de nombreuses sélections de courts métrages ainsi que des longs métrages pour la plupart en avant-première. Sa directrice, Annette Schindler, est revenue pour e-RECA sur la genèse du festival et ses évolutions.

 

 

1/ Comment décrire ce festival ? Quand et comment a-t-il vu le jour ?

Fantoche est le festival international de film d’animation le plus important de Suisse. Dans notre pays, nous avons un « grand » festival pour chaque catégorie d’œuvres, par exemple Locarno pour la fiction ou Visions du Réel à Nyon pour le documentaire. Pour l’animation c’est donc Fantoche ! Ce festival a été fondé en 1995. A l’époque, il s’agissait d’une biennale. Mais depuis 2009, nous proposons une édition annuelle. Cette année est la 17ème  édition. Depuis sa création, le festival est orienté vers l’animation artistique et indépendante. Nous nous intéressons aux réalisateurs qui ont cette ambition. Ceux qui développent une création visuelle innovante, mais aussi un sound design ou une structure narrative originale. Nous soutenons également les créateurs qui cherchent à « dépasser le cadre » ! Pas nécessairement des productions expérimentales ou abstraites. Mais surtout des créations qui explorent des histoires différentes de celles qui ont déjà été traitées. Sans oublier les grands « maîtres » de l’animation comme Georges Schwizgebel pour la Suisse ou Jean-François Laguionie pour la France. Nous souhaitons continuer d’honorer ces grands réalisateurs.

Concernant l’animation nationale, nous souhaitons également nous positionner sur des œuvres à potentiel commercial. C’est dans cette optique que nous proposons The Industry Day, réservé aux professionnels (ndlr : organisé cette année par le MEDIA Desk Suisse avec, parmi les invitées, Annick Teninge,  la Poudrière).

Ainsi que d’autres événements : des master classes, des bootcamps, des workshops… Ce nouvel axe est développé depuis environ 7 ans.

La section compétitive concerne les courts métrages. Nous présentons aussi des longs métrages mais sans compétition.

 

2/ Pourquoi le choix de Baden, plutôt connue pour ses cures thermales ?

Baden propose une géographie intéressante : tout peut s’y faire à pied. Tout y est accessible facilement. Toute la ville peut prendre part à l’évènement. Et de fait, tout le monde se sent impliqué. Pour moi c’est un élément très important que les « locaux » soient présents ! C’est aussi un lieu assez central en Suisse, à la croisée de plusieurs villes importantes : Bâle, Lucerne, Zürich…

 

 

 

3/ Quelles étaient les particularités de cette édition 2019 ?

Chaque année nous avons des programmes récurrents : la compétition internationale, la compétition suisse, la compétition jeunesse…. Avec chaque année, également, un thème spécial sélectionnées. En 2019, ce sont les questions de migration qui sont abordées sous le titre : « Schuhe, Hemd und 100 Lire » (ndlr : Chaussures, chemise et 100 lires). L’idée était de créer une connexion entre ce qui se passe actuellement en Europe, avec l’arrivé de migrants en Suisse et ailleurs, et les migrations de la fin du 19ème siècle des pays européens vers d’autres continents, principalement américain. Les européens de l’époque avaient affronté de mauvaises récoltes, ils n’arrivaient plus à nourrir leurs familles….
En Suisse nous avons un exemple marquant d’un village dans lequel les autorités locales donnaient de l’argent aux candidats au départ mais aussi une valise comprenant des chaussures et une chemise. Nombreux sont ceux qui sont ainsi partis s’installer aux USA avec la bénédiction de leurs proches et surtout l’espoir qu’ils réussissent leur vie là-bas ! Il est important que les gens se souviennent de cette période historique. Nous faisons aussi références à une célèbre chanson du folklore italien, Mama mia damni 100 lire, qui raconte l’histoire d’une jeune fille qui demande 100 lires à sa mère pour pour rejoindre les USA mais dont le bateau fait naufrage dans l’océan… Cela nous rappelle que toutes les migrations ne finissent pas toujours bien. Ce qui est malheureusement très souvent le cas actuellement.

Dans une exposition proposée par Fantoche, nous montrons une valise donnée par la communauté à un migrant pour lui permettre de commencer une nouvelle vie ailleurs… et que ce migrant a retournée à sa communauté après son installation outre-Atlantique ! C’est une autre façon de montrer que l’on peut aussi réussir une migration.

Nous voulions parler de cette mémoire historique, liée à notre actualité. Montrer que chaque famille au travers des temps peut être confrontée à des questions de migration. Réussie ou non. Se rappeler de notre propre histoire devrait nous faire considérer les migrations actuelles avec un autre regard.

Nous avons parfois des sujets plus « légers » ! En 2018 par exemple le thème était « Doucement Sexy » (en français dans le texte) et parlait de sexualité et des thèmes érotiques dans l’animation.

Cela prouve à quel point l’animation est capable de parler de tous les sujets de notre société.

 

4/ Quel est le public de Fantoche ?

Les professionnels du secteur représentent environ 20% de notre public. Une grande moitié des festivaliers vient de Baden et de sa région. Ils sont jeunes puisque 50% d’entre eux ont moins de 30 ans. Je compte parmi les « jeunes » aussi les enfants. Nous avons beaucoup d’écoles qui viennent à Fantoche. Si je compare aux autres offres culturelles comme les musées ou les salles de concert, notre public est vraiment très jeune !  Mais nous avons aussi des personnes plus âgées. Notre public est très varié.

En termes d’affluence, il est encore trop tôt cette année pour faire un bilan, mais si l’on prend les chiffres de 2018 : nous avions comptabilisé plus de 26 000 entrées. Je parle d’entrées plutôt que de personnes car ce sont ces données que nos financeurs nous demandent. Pour moi également, il est plus parlant de compter en admissions… Car certains des participants, probablement la majorité, n’assiste qu’à une seule séance, alors que  d’autres peuvent assister à 20 séances !

Globalement la participation était en hausse constante les dernières années.

 

5/ A Fantoche les courts métrages de fin d’étude participent à la compétition dans la même catégorie que les professionnels. Pourquoi ce choix ?

Je sais qu’il y a débat autour de cette question. Mais à Fantoche, nous n’avons jamais eu de section « films d’étudiants ». Nous avons en revanche le « Young Talent Award », réservé aux premiers films (qui peuvent être des films d’études mais pas uniquement !).

Certaines personnes pensent que les étudiants ont plus de facilités pour réaliser leur film. Ils ont du temps, des soutiens, des professionnels qui les guident. Alors qu’il serait beaucoup plus difficile pour un professionnel de produire son film.

D’autres pensent que la question ne se pose pas : les 2 catégories font des films. Et ces films sont bons ou ne le sont pas ! Il y a des films étudiants qui ne sont pas « réussis » malgré des conditions de production très favorables.

Je peux comprendre les 2 points de vue. Quand j’ai pris la tête du festival c’était déjà comme ça. Et la majorité des responsables de l’événement défendent ce positionnement. Je ne changerai donc pas les règles tant que la majorité pensera qu’il faut garder une seule et même compétition.

 

6/ Quels sont vos projets pour l’an prochain ?

Nous avons déjà quelques idées très précises pour la prochaine édition, et notamment concernant les thèmes à traiter. Nous voudrions célébrer les femmes dans l’animation : les personnages féminins dans les films, les combattantes, les femmes de pouvoir, les héros au féminin….  Il y a des films d’animation magnifiques avec des personnages féminins très forts. Je n’ai pas encore le titre de cette édition. Mais le sujet sera celui-ci.

Nous continuons par ailleurs de réfléchir aux autres axes de développement. Nous avons une « wishlist » très longue… et ne manquons pas d’idées !

Contact : Annette Schindler – Fantoche – Baden – Suisse – Tel : 00 41 56 290 14 44 – E-mail : schindler@fantoche.ch – Site web : https://fantoche.ch/fr