RAF : DE L’IMPORTANCE DU DIALOGUE ÉCOLES / ENTREPRISES

Créées en 2010 par le Pôle Image Magélis avec le soutien du CNC, d’AnimFrance, de la CPNEF de l’Audiovisuel, de l’AFDAS, d’Audiens et de la FICAM, les Rencontres Animation Formation (RAF) réunissent chaque année à Angoulême l’ensemble des acteurs de la filière pour des échanges constructifs autour des offres de formation, des pratiques professionnelles ou encore des chiffres du secteur. Très vite, l’événement est devenu un rendez-vous incontournable. Il est précédé, depuis 2016, par les RADI (Rencontres Animation Développement

Innovation), qui abordent les enjeux de l’animation du côté Recherche & Développement.

Après une édition dématérialisée en 2020, les RADI/RAF se tiendront de nouveau en présentiel du 24 au 26 novembre prochain. L’occasion pour e-RECA de s’entretenir avec les responsables éditoriaux des RAF, Véronique Dumon et Patrick Eveno (Véronique Dumon qui, accompagnée de Stéphane Singier, est également en charge du contenu des RADI).

 

 

Vous avez succédé à René Broca en 2019.  Pouvez-vous  nous raconter le passage de témoin ?

Véronique Dumon : Il est vrai que c’était une lourde responsabilité de passer après René qui avait porté l’évènement depuis le début ! Nous avons des relations professionnelles et amicales de longue date avec lui. Personnellement, j’ai pris ce relais comme un honneur et un véritable cadeau. D’autant plus que cela me donnait l’occasion de travailler avec 2 amis, Patrick Eveno pour les RAF et Stéphane Singier pour les RADI.

Concrètement, l’événement était sur ses rails et nous nous sommes mis au travail avec le Pôle Image Magelis. Nous avons cherché à maintenir le cap tout en tenant compte des évolutions de la filière. Il faut souligner aussi que nous avons bénéficié d’une totale confiance de Magelis, son directeur Frédéric Cros en tête. Tout comme les partenaires qui contribuent, à travers des échanges réguliers en amont et leur participation directe à certaines des tables rondes que nous proposons, à enrichir l’événement.

Patrick Eveno : Magelis, et en particulier Géraldine Zannier, ont été le lien qui a permis la continuité. Nous sommes arrivés sur un événement qui bénéficiait de leur savoir-faire et de leur bienveillance. Grâce à eux, nous n’avons pas rencontré de difficultés particulières. Pour nous, préparer les contenus et la ligne éditoriale peut se faire d’autant plus sereinement que la partie logistique, assurée par Magelis et ses prestataires, se fait de façon très fluide.

 

Comme malheureusement de nombreux évènements, les RADI/RAF n’ont pu être organisées en présentiel en 2020 alors même que l’une des caractéristiques de ces rencontres est l’extraordinaire dialogue, souvent informel, qui se crée durant 3 jours entre tous les acteurs de la filière. Comment avez-vous géré (et ressenti) cette édition dématérialisée ?

VD : La COVID a effectivement occasionné quelques émotions ! Dès l’annonce du 1er confinement, mi-mars, nous avons anticipé plusieurs scénarii que nous avons proposés à Magelis, même si, au tout début de la crise sanitaire, nous gardions l’espoir de pouvoir proposer une édition en présentiel. Quand l’option en distanciel est devenue inévitable, Magelis nous a proposé d’enregistrer les interventions pour les diffuser. Même ces enregistrements ont dû être reportés une 1ère fois. Mais tous les professionnels initialement contactés se sont rendus disponibles pour de nouvelles dates d’enregistrement. Ceux-ci ont, pour la plupart, eu lieu directement dans les studios mis à disposition par Magelis. C’est dire l’attachement du secteur à l’évènement !

PE : Nous avions fait le choix de préenregistrer les interventions pour éviter tous les problèmes techniques liés au direct. Cela nous a donné un certain confort. Nous avons travaillé dans les conditions du direct, sans avoir eu besoin de refaire beaucoup de prises. Ce qui nous a donné une certaine assurance et tranquillité d’esprit. Et surtout nous a permis d’assurer, à la diffusion, un contenu propre et sans mauvaise surprise !

En revanche, ce qui a bien évidemment manqué à cette édition, ce sont tous les à-côtés informels qui ont lieu pendant ces rencontres dans les couloirs, au cours des repas ou des soirées. Et cela donne à l’édition 2021 toute sa saveur : savoir que le public sera de nouveau dans la salle et pourra intervenir.

VD : En 2020, nous avions essayé de maintenir l’aspect interactif en proposant des sessions de questions/réponses en live, à la suite de la diffusion des vidéos enregistrées.

L’édition en distanciel a eu cela de positif qu’elle a permis d’avoir une audience plus grande. Nous avons pu toucher des publics qui pour différentes raisons ne peuvent pas se déplacer jusqu’à Angoulême.

A souligner par ailleurs les sessions (enregistrées) de présentation des chiffres du secteur et de l’emploi par le CNC, AnimFrance et Audiens diffusées dès décembre, exceptionnellement en amont de l’évènement. Ceci pour pouvoir les conserver dans un calendrier répondant au mieux aux besoins de la filière. Je crois que cela a été très apprécié. A tel point que Magelis a décidé de maintenir cette année l’enregistrement de ces présentations et leur mise à disposition en replay.

PE : J’ajouterai, concernant l’audience, que nous avons été agréablement surpris par le nombre de connexions. Et au-delà du nombre, les durées étaient également particulièrement significatives. Nous en avons tiré une grande satisfaction !

Que retiendrez- vous de cette crise sanitaire ? Aura-t-elle selon vous modifié durablement le monde de l’animation ?

PE : C’est une vaste question dont on ne connaît sans doute pas encore toutes les réponses. Concernant les RAF, nous subirons toujours très probablement les conséquences de la crise en novembre puisque le pass sanitaire sera certainement exigé pour assister aux Rencontres. Au-delà de ce côté formel, je pense que cet événement va laisser des traces au niveau mondial. Dans les comportements. Dans les usages. Le monde de l’animation a plutôt bien traversé ce moment-là. C’est un secteur qui fait preuve, depuis des années, d’une très grande capacité d’adaptation. Cela s’est confirmé.  Ainsi que d’une grande résilience. Pour l’aspect industriel, c’est un secteur qui a l’habitude du travail en multisites, du partage du travail, du travail à distance et ça a beaucoup aidé. En ce qui concerne les écoles, on a vu, là aussi, globalement une réactivité extraordinaire. Tout cela est assez remarquable.

Je pense que chez les étudiants, comme cela a aussi été le cas chez certains salariés, la situation a pu être plus compliquée. Certains ont vécu très durement cette période-là. Il a fallu mettre en place des mesures d’accompagnement et de soutien. Et nous avons souhaité que cette question de la Responsabilité Sociale des Entreprises fasse l’objet d’une table ronde durant les RAF cette année.

Le télétravail ne s’est pas mis en place au moment de la crise. Mais il a évidemment beaucoup augmenté durant la pandémie. Et aujourd’hui, on entend quand même certaines entreprises dire que de ces périodes-là, sont nés des envies, des attitudes, des comportements de salariés qui pour certains souhaitent conserver la possibilité de travailler chez eux. Concernant l’enseignement, certains établissements avaient déjà également engagé cette réflexion et mis en place des dispositifs d’enseignement à distance, mais là aussi cela modifie durablement les pratiques.

VD : La crise sanitaire a en effet accéléré des processus précédemment engagés. Avec des écueils et des différences selon les structures, dans les entreprises comme dans les écoles. Certains utilisaient déjà beaucoup la vidéo. Il y a eu une véritable accélération de la prise en compte des possibilités que peuvent offrir ces dispositifs. Et de leur acceptation. Certains responsables qui pouvaient craindre une baisse de productivité engendrée par le télétravail se sont rendu compte que ce n’était pas la réalité. En revanche, comme cela a été évoqué l’an dernier au cours des RADI/RAF, le travail à distance ne sera pas le même en temps « normal ». Des choses ont été mises en place dans l’urgence de la crise. Il y a maintenant un besoin de discussion pour les adapter sur un temps plus long et faire que les conditions de travail satisfassent toutes les parties concernées.

PE : Si l’on devait résumer en 2 mots, ce serait : difficultés et opportunités ! A l’instar de ce qui s’est mis en place dans les écoles, et nous en rendrons compte au cours des prochaines RAF, les entreprises ont proposé des accompagnements spécifiques. Mais comme déjà évoqué, ce n’est pas la crise qui a déclenché cette prise en considération. Elle l’a seulement accélérée.

Il y a des changements en profondeur qui vont s’opérer. Y compris dans les relations entre salariés, équipes dirigeantes, encadrement….

Il y a d’autres aspects très positifs comme par exemple l’opportunité pour les entreprises de travailler avec des personnes très éloignées qu’elles n’auraient sans doute pas pensé pouvoir embaucher avant la crise.

La crise sera-t-elle au centre des échanges de cette nouvelle édition ? Quels sont les autres axes de discussions (1) ?

PE : Oui et non ! La crise a tellement modifié l’organisation du travail qu’elle sera toujours en filigrane dans les débats. Pour autant, nous n’aurons pas un sujet du type « les conséquences de la crise » ! Des sessions sont programmées autour de la RSE (responsabilité sociétale des entreprises) ou de l’environnement. Ce sont des sujets qui existaient avant la crise sanitaire et qui perdureront après celle-ci, mais que la crise a fait évoluer.

VD : Concernant les nouveaux axes, nous avons pensé utile d’élaborer une conférence « passerelle » entre les RADI et les RAF. Et pour cela, cette année nous avons choisi de traiter la prise en compte par les écoles des ressources techniques innovantes. Merci d’ailleurs aux écoles du RECA qui ont bien voulu répondre au sondage sur ce sujet.

Nous avons la sensation que de plus en plus de personnes qui viennent aux RADI restent aux RAF et de plus en plus de personnes qui ne s’inscrivaient qu’aux RAF assistent désormais aux RADI.

L’idée est donc d’interroger, au cours d’une table ronde, des écoles et des porteurs de projets innovants pour comprendre la démarche des uns et des autres, sur la prise en compte de ces innovations, leur utilisation, leur enseignement éventuel mais aussi les raisons potentielles pour lesquelles cela peut poser problème. C’est une conférence que nous construisons avec Stéphane (NDLR : Stéphane Singier, coconcepteur des RADI).

PE : Comme chaque année, depuis 10 ans, il y aura aussi évidemment les annonces incontournables des chiffres de l’animation. Et c’est bien la récurrence de ces éléments tangibles qui est intéressante puisque c’est elle qui permet de suivre l’évolution du secteur.

L’année 2020 sera particulière : nous pourrons observer les 1ères influences de la crise sur l’animation. Y compris sur l’emploi puisque désormais, grâce à la CPNEF de l’Audiovisuel et à Audiens, nous disposons d’un observatoire de l’emploi très réactif qui dévoile chaque trimestre les chiffres des 3 mois précédents.

De même nous proposerons, cette année encore, une table ronde autour des actualités politiques et règlementaires. Nous proposons ce débat chaque année, avec bien évidemment des thèmes qui évoluent. L’idée est de pouvoir aborder les grandes questions qui impactent le secteur, d’un point de vue national et international.

Parmi les sujets inédits, celui de la responsabilité sociale et des conditions d’enseignement et de travail comme je le soulignais précédemment. Avec Véronique, nous souhaitions faire un focus sur cette question très large de la RSE en la resserrant sur les questions essentielles d’aujourd’hui que sont les différents types de harcèlements (moral, sexuel…) et les réponses apportées par les entreprises et les écoles.

VD : Nous proposons un créneau pour le RECA au cours duquel le réseau reviendra sur ses différentes réflexions menées récemment, notamment sur l’alternance. Et il présentera également son étude annuelle sur les souhaits professionnels des jeunes diplômés.

Cet échange sera suivi par la présentation de la toute nouvelle plateforme AnimConnect, initiée par AnimFrance avec la participation du RECA, de Magélis, de Pictanovo et de l’AFDAS – plateforme qui facilitera la mise en relation des étudiants et des entreprises pour des stages ou des alternances (NDLR : voir l’interview de Philippe Alessandri, Président d’AnimFrance et d’Aymeric Hays-Narbonne, Président du RECA, dans le n° 53 d’e-RECA).

L’AFDAS présentera ensuite les chiffres de la formation professionnelle et précisera de nouveau les droits de chacun en la matière.

 

PE : Nous pérennisons aussi une session de « brèves » qui nous permettra de revenir sur différents sujets sans en faire une session à part entière.

Nous enchainerons avec le devenir des écoles françaises indépendantes. Allons-nous vers la fin d’un modèle ? Nous assistons aujourd’hui à des changements profonds de structure juridique qui pourraient avoir des conséquences importantes sur la pédagogie et autres fondamentaux constitutifs de l’enseignement.

VD : Cela nous permettra de montrer, de façon non exhaustive, différents modèles. Nous évoquerons par exemple le changement de statut de Rubika.

Le financement des études sera également au programme avec notamment la présentation de modèles et solutions dont l’ambition est de faciliter l’accès à des études qui restent chères – l’idée étant de rendre ces formations accessibles à des jeunes qui ne penseraient pas pouvoir s’orienter vers ce type d’études.

PE & VD : Pour conclure, nous nous poserons de nouveau la question de savoir si les formations sont en adéquation avec les besoins des entreprises, notamment du point de vue de leur durée.  Puis nous reviendrons sur la transition écologique et la prise en compte de l’environnement dans l’animation.

Quelles sont vos ambitions pour les prochaines années ?

PE : Tout dépendra du prochain appel d’offre ! Nous étions soumis à un marché public de 3 ans. Et nous en sommes déjà à notre dernière année. Nous candidaterons très certainement de nouveau à l’organisation des RADI/RAF. Et si nous sommes reconduits, nous continuerons de proposer le modèle actuel, connu et apprécié, tout en le faisant évoluer, comme nous l’avons d’ailleurs déjà fait.

 

Par exemple, nous avons modifié la modération des échanges pour la rendre plus interactive.

De nouveaux participants font aussi leur apparition comme le SPI(2) qui s’est imposé dans le paysage industriel ou comme le SNTPCT(3) qui désormais représente un nombre non négligeable de salariés.

Nous voyons aussi que, par rapport à notre « première » année où peut-être nous avons été un peu frileux, désormais nous souhaitons pousser les questionnements entre les écoles et les entreprises plus loin. Sans aucune volonté de monter les uns contre les autres ! Bien au contraire. Notre but est de faciliter le dialogue et ne pas laisser des questions qui nous paraissent importantes sous le tapis.

Nous essaierons également de diversifier au maximum les intervenants d’année en année pour ne pas voir toujours les mêmes têtes !

 

(1) Programme et inscriptions en ligne ici : https://rencontres-animation-formation.org

(2) Syndicat des Producteurs Indépendants

(3) Syndicat National des Techniciens et Travailleurs de la Production Cinématographique et de Télévision

Contacts : Véronique Dumon – E-mail : veronique.d@adalbert-rp.fr  – Tel : 06 20 32 01 15

Patrick Eveno – E-mail : p.eveno-conseils@orange.fr