NORANIM : EN ROUTE POUR LA 3EME REVOLUTION INDUSTRIELLE

Créé en 2010 à la demande du CRAAV (qui deviendra Pictanovo), Noranim regroupe aujourd’hui quelque 27 structures et 140 membres individuels. Ils ont tous en commun, comme l’indique le nom de l’association, d’être installés en région Nord et d’évoluer dans l’animation. L’association est structurée en 6 collèges : producteurs, studios (y compris de post production), centres de formation et écoles, auteurs et techniciens.

Gabriel Jacquel, son Président, et Flavien Boisson, son Délégué Général, sont animés d’une même ambition : tout mettre en œuvre pour renforcer la filière Animation dans les Hauts de France. 

1-Pour quelles raisons l’association Noranim a-t-elle été créée ?

 

Gabriel Jacquel : Noranim a été créé en premier lieu pour être l’interlocuteur unique et privilégié des différents acteurs de l’audiovisuel de la région en matière d’animation. Avec pour objectifs de centraliser les informations et de mutualiser les efforts pour encourager le développement de la filière dans les Hauts de France et faire en sorte que les talents restent chez nous et puissent monter en compétence dans la région. Nous souhaitons intégrer vraiment toutes les personnes et structures liées à l’animation : les très grandes structures comme Ankama, les Films du Nord ou Planet Nemo (qui ont fait partie de nos fondateurs historiques avec Les Rencontres Audiovisuelles) comme les plus petites ou les personnes physiques. Notre modèle ressemble en cela plus à un syndicat professionnel qu’à une représentation patronale.

 

Flavien Boisson : Nous avons changé nos statuts pour pouvoir accueillir les étudiants qu i frappaient à notre porte. Ils ont un statut spécifique chez nous : ils entrent dans le collège techniciens mais avec une adhésion moindre (15€). Être adhérents leur permet d’assister aux soirées, de profiter du réseau… C’est très bénéfique pour eux ! Aujourd’hui nous avons une 40aine d’étudiants dans nos rangs.

 

 

2-Quelles sont vos principales actions ?

 

GJ : Nos missions sont développées pour organiser la filière dans son ensemble. L’idée de base était de pouvoir démultiplier les forces en mettant en œuvre des projets collectifs. Nous sommes également très présents en formation. Notre ambition est de faire se croiser les envies de formation des salariés (principalement des intermittents) et les besoins des entreprises – qui souvent n’ont pas les moyens de monter leur propre formation continue. Après études des différents besoins, nous proposons des solutions collectives. Récemment par exemple, nous avions dans notre région, comme au plan national d’ailleurs, des manques de formations en story board. Nous avons réuni autour de la table les 4 studios concernés et 3 écoles qui pouvaient leur offrir des solutions. Les discussions ont abouti à une formation, portée également par Pictanovo.

Nous proposons des formations à l’écriture, au cours desquelles nous apprenons aussi aux participants à pitcher leur projet.  A la suite de quoi ils peuvent continuer de participer à des ateliers « réguliers » plus larges, en partenariat avec Pictanovo, sur des thématiques plus précises comme par exemple les dialogues.

Nous proposons aussi des formations au management et réfléchissons à la possibilité de créer une formation autour de Blender.

 

FB : Comme expliqué précédemment, la 1ère mission de Noranim est de représenter l’animation auprès de Pictanovo. Nous apportons notre expertise dans les projets étudiés par les différentes commissions aussi bien en termes de contenus qu’en termes structurels. Nous répondons aux questions de l’administration sur les budgets, les types de projet, l’innovation…

 

GJ : Une autre de nos missions est de mettre en relation les différents acteurs du secteur. Nous organisons pour cela des soirées de présentation, notamment des nouveaux membres. Ils peuvent ainsi se présenter et présenter leur structure ou leurs projets.

Chaque année, nous communiquons sur les productions régionales. Nous compilons par exemple un « best of écoles », diffusé à Lille et à Amiens dans le cadre de la Fête de l’Anim’. Sur ce même modèle, nous réalisons un « best of région » dans lequel nous mettons en avant les programmes de l’année.

 

 

FB : Nous commençons aussi à développer des soirées mensuelles (hors vacances d’été) plus thématiques. Nous avons par exemple accueilli Les Femmes s’Animent pour évoquer la place des femmes dans l’animation, le harcèlement. L’AGrAF pour parler des auteurs et de leurs droits. Nous avons également invité Pôle Emploi et l’AFDAS.

L’idée est de décliner ce genre de propositions régulièrement avec d’autres intervenants.

Nous organisons par exemple également une soirée juste avant Annecy pour que les personnes qui ne peuvent s’y rendre puissent voir les sélections. Nous aimerions aussi proposer une soirée sur les « jeunes pousses » régionales.

Pour résumer : nous sommes plus qu’une simple courroie de transmission ! Nous souhaitons vraiment être co-acteur au niveau national de ce qui peut se passer en région.

En ce qui concerne les formations, nous faisons par exemple partie du comité de la CPNEF Audiovisuel qui réfléchit sur les certifications pour le Temps Réel.  Et nous avons bien d’autres sujets en commun.

 

GJ : Sans oublier notre partenariat avec l’opération Créatalents (ndlr : aide aux étudiants de la région des Hauts de France pour développer l’un de leurs projets). Nous participons au jury et pouvons contribuer au développement de projets, par exemple en finançant des formations, des accréditations…

Nous avons par ailleurs créé un Prix que nous donnons pendant le Créatalents. Nous accompagnons ainsi entre 1 à 2 jeunes diplômés par an à qui nous souhaitons mettre le pied à l’étrier.

3-Plusieurs « pôles » animation existent déjà en France, quels sont les atouts de votre région pour la filière ? 

GJ : La région Nord a énormément investi dans l’audiovisuel au moment où les usines textiles étaient en train de fermer. Historiquement, c’est la 1ère région à avoir un pôle pour financer l’audiovisuel. Cela a fait émerger de nombreuses structures dans la région, porteuses de différents projets : « auteur », « enfants », « adultes séries », « long métrage ». Le rassemblement de tous ces acteurs permet d’élever le niveau d’exigence. Il y a aussi les écoles qui sont présentes depuis longtemps. Et qui ont toujours été un vivier de compétences. Il ne faut pas oublier que la 1ère formation publique mise en place en France pour l’Animation c’est l’ESAAT à Roubaix avec son DMA, puis DNMade. L’école a également mis en place une année supplémentaire professionnalisante en alternance. Les étudiants de cette dernière année développent des projets dans les entreprises locales tout en assistant à des workshops dans leur école, avec des professionnels qui viennent de toute la France, voire de Belgique, et dans tous les domaines de production.

La présence de tous ces acteurs de l’écosystème constitue un véritable terreau ! Et là où la filière a été habile, c’est qu’elle a compris très vite que ces acteurs devaient se parler entre eux. Ici, il y a une forme d’intelligence collective même s’il y a aussi de la concurrence !

La discussion et la communication sont vraiment les points forts de la région.

Et puis nous n’avons peut-être pas beaucoup de soleil… mais nous avons la Belgique ! Très précieuse pour les coproductions.

 

  • Quelles sont vos relations avec les écoles d’animation de votre région ? Que diriez-vous de la formation à l’animation en France ? 

 

GJ : Il faut souligner cette envie dans notre région de faire des choses très haut de gamme. Il y a d’abord eu Supinfocom Rubika qui a tout de suite mis la barre très haut dans le domaine de la fabrication d’images 3D. Le niveau est aussi très élevé à l’ESAAT dans l’univers 2D.

Nous sommes conscients qu’il y aussi des manques… Concernant peut-être cette étape « après l’école ». Comprendre ce qu’est le statut intermittent, savoir ce que c’est qu’être auteur, à quoi sert l’AFDAS…. Ce sont des choses qui ne sont pas, à mon sens, suffisamment enseignées. Les équipes pédagogiques se disent que ce n’est pas le moment pour les étudiants d’apprendre ça… Personnellement je ne suis pas trop d’accord ! Mais je sais que ça change.

 

FB : Nous proposons aux écoles des modules de 3 jours où nous faisons venir un directeur de production, un producteur, Pôle Emploi … pour parler de tous ces sujets ! Et pour l’instant, seulement 3 ou 4 écoles se sont montré intéressées. Peut-être n’avons-nous pas assez communiqué sur cette opportunité.

Pour en revenir aux relations que nous avons avec les écoles : elles sont évidemment excellentes. Elles sont adhérentes et certaines participent au conseil d’administration. Nous essayons de les intégrer à toutes nos actions. Y compris à celles concernant la formation continue. Toutes les écoles ne se sont pas emparées de ce sujet pourtant formateur et même… rémunérateur !

Ce que nous essayons de travailler, c’est cette articulation entre le monde des études et le monde du travail. Nous organisons des workshops pour ça sous forme de petites sessions de fin d’études.

Nous avons aussi porté un projet spécifique pour la commande d’un teaser fabriqué par les écoles d’animation et à destination des collégiens et lycéens sur le monde du cinéma. Nous avons reçu 5 films formidables que nous n’avons malheureusement pas encore pu diffuser à cause de la crise sanitaire. L’idée de ces films est de susciter des vocations parmi les jeunes. De montrer que cette filière existe et se porte bien.  Qu’il y a des métiers derrière. Des écoles aussi. C’est une action de sensibilisation en collaboration avec nos confrères de l’éducation à l’image qui pourra aboutir à la mise en place d’ateliers, avec l’aide d’autres associations.

Nous avons cette envie, peut-être utopique, de repérer des gamins éloignés du monde des industries créatives et culturelles pour des questions financières, sociales ou même parfois géographiques !

Ce n’est pas seulement un projet Noranim mais celui de tout un consortium… qui pourrait aller du repérage de talents très tôt, à l’accompagnement dans ses études via des bourses.

4-Quels autres projets pour la suite ? 

GJ : Déjà : continuer nos actions ! Du côté de la formation, l’une de nos ambitions qui me tient vraiment à cœur est de compléter nos ateliers à l’écriture par la mise en place d’une résidence, sur le modèle de ce qui se fait à Fontevraud : un lieu d’accueil qui permettrait aux gens de venir écrire et développer leur projet. Je trouve que c’est quelque chose qui manque en région.

J’aimerais surtout faire en sorte que les auteurs et les autrices de la région puissent rester dans la région ! Et développer des projets plus ambitieux. De nombreux courts métrages d’auteurs de la région sont produits ici. Mais nous n’avons pas encore beaucoup de projets de séries ou de longs métrages régionaux.

Un autre de mes objectifs est un rapprochement plus concret avec Gaming (l’association du jeu vidéo). Nous avons le même type d’association. Nous fonctionnons de la même façon. Avec les mêmes ambitions. Se rapprocher et faire de la transversalité entre les 2 secteurs me semble très important. Nos domaines se répondent. Et même de plus en plus avec le développement du temps réel. Je pense qu’il faut vraiment créer des liens plus forts.

 

FB : Noranim continue par ailleurs de se structurer notamment avec l’arrivée de 2 nouvelles salariées : une chargée de mission en charge du projet DRAC et des soirées, et une assistante administrative.

Un de nos rêves serait aussi d’avoir une « maison de l’animation » avec des lieux d’écriture, d’enregistrement, des studios de stop motion…où l’on réunirait Noranim mais aussi, pourquoi pas, 2 ou 3 boites de production… Une sorte de ruche d’entreprises !

Nous avons aussi un projet dans la R&D. Nos membres se posent de vraies questions dans ce domaine. Mais n’ont pas toujours les moyens en interne pour y répondre ! Nous avons donc recruté des consultants pour les aider à développer des solutions (idéalement en open source) sur les pipe, les assets manager, sur la 3D temps réel, sur les formations Blender… etc… etc… Nous n’en sommes qu’au début. Cela devrait permettre d’accélérer la 3ème révolution industrielle.

 

Contact : Flavien Boisson – Noranim – Lille – E-mail : dg@noranim.org  – FaceBook : www.facebook.com/Noranim.Asso/